Les Fous ne sont plus ce qu’ils étaient… C’est à partir de ce sketch de Raymond Devos qu’Elliot Jenicot a construit ce spectacle éponyme. Le comédien, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, ne rend pas à hommage à l’humoriste, ne l’imite pas. Il a pioché dans les textes de Raymond Devos, disparu en 2006, pour partager la saveur de ses mots et la mécanique d’une écriture, surtout raconter la folie. Celle qui fait toute la singularité d’un être. Elliot Jenicot joue Les Fous ne sont plus ce qu’ils étaient jeudi 10 octobre au Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux et vendredi 8 novembre au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Entretien.

Quel est le premier sketch de Raymond Devos que vous avez entendu ?

C’était Ça peut se dire, ça ne peut pas se faire. Je l’ai vu lors d’une émission à la télévision à la fin des années 1970. Je me souviens de Raymond Devos sur un plateau, entouré de comédiens déguisés. J’avais 16 ou 17 ans à l’époque. En le regardant, j’avais été interpellé par le pouvoir qu’il pouvait avoir sur le public. J’entendais des rires. Je découvrais alors Raymond Devos et son univers. Je ne suis pas un fan. C’est surtout son univers qui me plaît. Quand je travaillais sur le spectacle, j’ai surtout lu les textes de Devos. Je ne l’ai pas regardé à la télévision. Je me souviens de sketches qui résonnaient. 

Qu’est-ce qui vous a réellement interpellé dans l’univers de Raymond Devos ?

C’est un univers absurde. Il y a chez lui de la folie, une capacité à être irraisonnable et à se laisser porté par un imaginaire. Dans cette écriture, on ressent qu’il a envie d’aller toujours plus loin. Raymond Devos est un comédien, un bouffon, un poète qui a l’imaginaire d’un funambule. Devos, c’est du délire, un délire intelligent. L’écriture est vraiment très belle.

Comment est venue l’idée du spectacle ?

J’étais encore à la Comédie-Française. L’ancienne directrice, Muriel Mayette avait instauré des cartes blanches. Il fallait rendre hommage à un auteur. Un jour, j’ai eu cette carte blanche. Lors d’une discussion, sa collaboratrice me dit : je te verrais bien faire un hommage à Raymond Devos. Je me suis interrogé sur cette proposition. Pourquoi pas ? Au départ, je devais faire juste une lecture. J’ai acheté plein de bouquins pour préparer ce moment. Le jour de la lecture, je n’ai pas lu, j’ai joué les sketches. En fait, j’ai inventé une fausse lecture. Un an plus tard, Éric Ruf, le nouveau directeur, me suggère d’en faire un spectacle.

Vous êtes parti du sketch, Les Fous ne sont plus ce qu’ils étaient, qui donne le titre au spectacle. Pourquoi celui-ci ?

C’est le premier texte qui m’a interpellé. Je me suis ensuite demandé quels sketches iraient bien avec celui-ci. Je suis laissé emmener par le thème de la folie, dans le bon sens du terme. On joue au fou ou on est fou ou encore on fait croire que l’on est fou. Il y a une vraie folie chez les gens. J’ai ajouté Parler pour ne rien dire, Mon chien, c’est quelqu’un, La Protection des espaces vides, La Danse du fou…, des effets visuels et musicaux avec Pink Floyd, Iggy Pop, Velvet Underground.

Avez-vous appris les textes de Raymond Devos comme une pièce de théâtre ?

Oui, comme tous les textes, Si on a le cœur, si on a envie, c’est facile d’apprendre un texte. Les mots me vont bien. C’est très visuel. Chez Devos, il y a une écriture logique dans l’absurde. Ce n’est pas compliqué si on s’accorde cette pensée. Il faut s’approprier une logique, lui donner sa propre logique. Dans une pièce, on ne raconte pas la vie d’un autre, on se raconte avec les mots d’un autre. C’est la même chose.

Infos pratiques

  • Jeudi 10 octobre à 20 heures au Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux. Tarifs : de 18 à 6 €. Réservation au 02 35 97 25 41 ou sur www.lrv-saintvaleryencaux.com
  • Vendredi 8 novembre à 20h30au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Tarifs : de 18 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 91 94 94 ou sur www.lerivegauche76.fr