emilyloizeauUn spectacle musical, puis un album en forme de bande originale d’une histoire. Emily Loizeau raconte celle de Mona, un personnage « punk, joyeux, en colère et profondément en souffrance », celle d’un bébé né à 73 ans qui cherche sa place. C’est à la fois tendre, mélancolique, bouleversant et piquant. Dans ce disque, Mona, Emily Loizeau rend un hommage à sa mère, atteinte d’une maladie mentale et met en parallèle un épisode de la vie de son grand-père, marin pendant la guerre qui a failli se noyer lors d’un naufrage. Emily Loizeau présente Mona vendredi 25 novembre aux Vikings à Yvetot dans le cadre du festival Chants d’Elles. Gagnez vos places en écrivant à relikto.contact@gmail.com

 

Mona est avant tout un spectacle musical. Est-ce que le théâtre, votre formation initiale, vous manquait ?

Oui, le théâtre me manquait. Cela a en effet participé de cette envie d’écrire un spectacle musical. Cela m’a permis de trouver un croisement entre la musique et le théâtre. J’ai commencé le piano à 5 ans et je me destinais à une carrière de musicienne. Le théâtre est arrivé ensuite. Mona allie ces deux disciplines artistiques. J’avais envie de remettre les pieds sur scène pas seulement en tant que chanteuse.

 

Ce sont d’autres sensations ?

Oui, la musique procure une sensation, le théâtre en procure d’autre. C’est deux choses différentes qui se nourrissent. L’une permet d’avoir des formes courtes, l’autre de développer une histoire, de se projeter dans une narration.

 

Quels sont les auteurs de théâtre que vous appréciez tout particulièrement ?

Il y a Beckett. J’aime son rapport à des situations où le réel est dans l’épure, dans l’abstrait. Il flirte avec des formes surréalistes. Il y a aussi Shakespeare. Avec lui, je vais enfoncer des portes ouvertes. Les pièces de Shakespeare mêle la philosophie, la psychologie, les contes, la mythologie…

 

Comment avez-vous abordé l’écriture de Mona ?

Quand on écrit un album, on ne nourrit pas une narration. Mathias Malzieu le fait parfois. Avec Mona, j’ai l’impression d’avoir écrit une bande originale. Je me suis mise au service d’une histoire que j’écrite avec des codes précis, une dramaturgie. Les chansons viennent se glisser dans le récit, sont là pour prendre le relais. Il y a un échange. Dans ma manière de faire qui était toute nouvelle, j’étais comme une débutante. Pour moi, c’était très bien. J’étais face à moi-même. J’ai abordé des langages qui n’étaient pas les miens. Notamment avec le dramaturge.

 

 

 

Comment le personnage de Mona s’est-il imposé ?

De manière ludique. Ma mère a connu des troubles psychologiques et je venais de connaître une nouvelle maternité. J’ai alors fait le parallèle entre ces deux situations. Cela m’a amusé d’imaginer une maternité sous le prisme de la vieillesse. Cela inverse les équilibres, les pôles. C’est comme si le pôle nord et le pôle sud se retrouvaient en une seule dimension. Tout devient absurde. C’était aussi pour moi une façon de rendre hommage à ma maman. C’est incroyable la force de vie que peuvent avoir ces personnes malades.

 

Cette histoire est à la fois hors du temps et ancrée dans le réel.

C’est quelque chose que j’ai vécu. C’est un naufrage. J’en ai fait la parallèle avec celui qu’a connu mon grand-père pendant la guerre et que vivent les réfugiés depuis plusieurs années. Je me suis demandée quelle trace ces drames laissent sur les enfants, comment vont-ils vivre avec une colère, une fracture.

 

  • Vendredi 25 novembre à 20h30 aux Vikings à Yvetot. Tarifs : 18 €, 13 €. Réservation au 02 35 95 15 46 ou sur www.lesvikings-yvetot.fr