Lors du festival Le Goût des autres qui se tient du 16 au 19 janvier au Havre, Emmanuel Noblet partage le samedi la langue de Marcel Proust lors d’une lecture du premier romain d’À La Recherche du temps perdu, Du Côté de chez Swann. Il revient le dimanche cette fois avec Olivier Adam pour lire avec l’auteur Une Partie de Badminton. Entretien avec le comédien rouennais, Molière du seul en scène avec l’adaptation de Réparer Les Vivants de Maylis de Kerangal.

Est-ce que la lecture à voix haute est un exercice difficile ?

Ce n’est pas un exercice difficile mais particulier. On sait ce que l’on doit lire parce que l’on a préparé le texte mais il faut faire comme si c’était la première fois pour pouvoir faire passer tout ce que l’on a aimé dans le texte. C’est un exercice que j’adore. C’est une plongée dans un imaginaire. Du public, on a son écoute et son imaginaire. On essaie de le faire voyager, de lui faire ressentir les émotions. On l’emmène dans une histoire tout ne prenant pas trop de place. Être lecteur, c’est devenir la voix intérieure du public. Avec Proust, je vais lire pendant une heure, non stop. Là, il faut installer le groupe dans la durée.

Lire Proust, est-ce une grande aventure ?

Jusqu’alors, j’étais passé à côté de Proust. J’avais essayé de le lire quand j’étais adolescent. Je pense que je n’avais pas assez la sensibilité pour l’apprécier. J’étais davantage dans les romans d’aventures. Avec Proust, on est dans la psychologie de l’être humain, dans une finesse et une délicatesse du souvenir, dans des phrases longues. Je savais que j’avais un rendez-vous avec cet auteur incroyable. Je suis très heureux de m’y plonger. Cette lecture est très excitante parce qu’il y a un défi à relever.

Savez-vous pourquoi vous êtes plus sensible aujourd’hui aux écrits de Proust ?

Je grandis. Je suis plus sensible au rapport au temps de Proust et de Swann, aux souvenirs. Ce n’est pas du tout mélancolique ou nostalgique parce que je n’ai pas envie de revivre les années d’enfance. Celles-ci me constituent et j’aime y repenser. Je n’ai pas de Madeleine mais des souvenirs. Avec les années qui passent, je pense que l’on devient plus sensible à la recherche du temps perdu…

« La lecture devient un terrain, une matière à explorer »

Est-ce que vous revenez aux romans classiques ?

Avec cette lecture de Proust, j’aime l’idée que cette œuvre va m’accompagner. Comme s’il y avait des rendez-vous pris. C’est très agréable d’avoir des rendez-vous que l’on se donne. Comme j’ai commencé à lire très tard, j’ai mis du temps à aller vers les classiques. Lors de ces rendez-vous, on croise Balzac, Proust, Victor Hugo… Cela me réconcilie avec l’idée de vieillir. Cet accompagnement est un émerveillement. Ce sont des moments vraiment réjouissants.

Pour lire Proust, faut-il trouver une musique ?

C’est une question de rythme. C’est même une musique qu’il faut « dérythmer ». On peut s’installer dans un rythme mais le sens et les enjeux peuvent faire irruption dans un silence, une accélération, une accentuation sur un mot. Il faut écrire sa partition, rythmer les choses mais surtout ne pas les provoquer, encore moins ronronner. Tout le monde connaît la première phrase : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Il faut la dire comme si elle n’était pas importante pour la rendre normale. C’est en en fin de phrase et de paragraphe qu’il faut chercher à dire quelque chose. Comme si je m’adressais au public : vous me comprenez ? Oui ? Alors, on peut continuer.

Avec Olivier Adam, ce sera très différent.

Nous allons lire tous les deux. Tout n’est pas encore défini. Dans une lecture, on ne peut pas tout restituer. On a les choix entre présenter un puzzle ou une énigme. Je n’ai jamais fait cet exercice de lecture à deux. C’est très excitant. J’aimerais bien lire le passage où il met une distance par rapport à sa position d’auteur. Ce sera très amusant de lire cela à côté de lui.

Après votre travail sur Réparer Les Vivants, le livre de Maylis de Kerangal, comment abordez-vous la lecture des romans ?

J’aborde la lecture en me demandant si j’ai envie de raconter cette histoire, de la mettre sur un plateau. Comme je cherche tout le temps des projets de théâtre, la lecture devient un terrain, une matière à explorer. Le théâtre, c’est l’endroit de l’imaginaire. Quand on est sur un plateau, on veut être au plus près du spectateur. La lecture, c’est une évasion. On doit alors pouvoir se retrouver quelque part.

Infos pratiques

  • Samedi 18 janvier à 11h30 : Du Côté de chez Swann de Marcel Proust
  • Dimanche 19 janvier à 16h30 : Une Partie de Badminton de et avec Olivier Adam
  • Lecture à la bibliothèque Oscar-Niemeyer au Havre
  • Entrée livre