Enki Bilal, porte-parole d’une humanité nouvelle, est un des rares artistes à écrire des scénarios originaux et puissants et à avoir un trait exceptionnel. L’auteur est présent jeudi 27 novembre à La Galerne au Havre.

 

 

Couv Couleur de l'airEnki Bilal est un artiste hors normes. Parce que son style se reconnaît au premier coup d’œil. Parce son univers explore des espaces complexes, complémentaires et convergents. Parce qu’il ne réduit pas sa pratique au simple divertissement graphique. Dans La couleur de l’air, dernier opus de la Trilogie Coup de sang, les personnages déroutés d’Animal z et de Julia et Roem  se retrouvent au cœur d’un épilogue pour le moins surprenant, dans lequel l’étrangeté friserait l’onirisme si les thèmes abordés n’étaient pas d’une brûlante contemporanéité. Car sous la pression des exactions humaines, la Terre organise la riposte, le fameux Coup de sang. Et là où nombreux sont ceux qui auraient imaginé une réaction cataclysmique, Bilal imagine une fin alternative, une « nouvelle ère ».

 

 

Les questionnements écologistes d’un auteur de bande dessinée qui se transmute en poète philosophe, trouvent des issues multiples, et proposent, sur la base de codes revisités, le retour à une page blanche sur laquelle s’écrirait le renouveau de la planète. Animaux, végétaux et êtres humains retrouvent, avec la perte d’oripeaux devenus obsolètes, un nouvel avenir. Le déroulement de l’album constitue donc une sorte de voyage initiatique inversé, lors duquel les personnages perdront progressivement la mémoire ainsi que toute propension à violenter l’environnement, et atteindront dans l’oubli l’équilibre et la plénitude.

 

Pour mener à bien son entreprise ambitieuse et humaniste, Bilal utilise à plein les codes de son art, et construit sa dramaturgie au rythme de l’évolution de sa palette de couleurs. La première moitié de l’album reprend l’esthétique des monochromes sombres, parsemés de pincées de rouge, utilisés dans les deux précédents albums, puis les couleurs vives et naturelles réapparaissent et font renaître la vivacité que l’on croyait enfouie à jamais.

 

Depuis quelques années, Bilal exprime ses inquiétudes quant à l’avenir de la planète, et évoque des pistes pour s’inventer un monde nouveau. Dans une précédenet interview à l’occasion de son exposition au Musée des Arts et métiers, l’auteur confiait abonder dans le sens d’un Gouvernement mondial. « Il faudrait mettre en œuvre une véritable révolution culturelle mondiale. C’est un pas énorme à franchir, mais on sait bien que l’homme n’a jamais rien fait avec de petits pas, dans lesquels on entre dans les petites stratégies personnelles, les petits calculs individuels. Donc il faut une révolution. On est bien d’accord, c’est une utopie totale, mais ce serait merveilleux d’imaginer un monde dans lequel il y ait une espèce d’harmonie humaniste qui préside à la vie de chacun… »

 

  • Jeudi 27 novembre à partir de 17 heures à la librairie La Galerne au Havre. Entrée libre. Renseignements au 02 35 43 22 52 ou sur www.lagalerne.com