Robert Smith tirage expoInutile d’essayer de le convaincre. Richard Bellia est catégorique. Il déteste le numérique et aborde ce sujet avec beaucoup d’humour et de franchise. Comme les autres d’ailleurs. Richard Bellia est photographe depuis 1980 et il photographie le monde de la musique. Jusqu’au 6 février, il expose plusieurs images lors de English Rock au centre Malraux et au Kalif à Rouen. Des rencontres avec le photographe sont organisées le week-end prochain.

 

Est-ce que la photographie vous a amené à la musique ou l’inverse ?

S’il n’y avait pas eu les concerts, je n’aurais jamais été photographe, je n’aurais pas pensé à essayer de photographier les musiciens. Je suis plus intéressé par la musique que par la photographie. L’intérêt de prendre en photo un musicien, c’est que l’on est actif pendant les concerts. C’est bien, on s’occupe les mains et cela justifie le fait de sortir. Le but reste cependant de ramener une bonne photo. Ce qui prolonge aussi la vie du concert.

 

Comment faites-vous pour écouter un groupe, régler votre appareil et prendre la photo ?

Tout ça met dans un drôle d’état. Et j’aime bien. C’est intéressant d’avoir les yeux et les oreilles qui travaillent en même temps. On écoute la musique. On fait attention aux plus petits détails… C’est un challenge. Si je vais à un concert et que je ne peux pas prendre des photos, je boude et je me mets dans mon coin. Avec Lou Reed, par exemple, on n’avait pas le droit aux photos. On n’avait pas le droit non plus de quitter la salle entre les morceaux. Cela me mettait en colère.

 

Laetitia Sheriff © Richard Bellia

Laetitia Sheriff © Richard Bellia

Vous êtes un inconditionnel de l’argentique. Est-ce que votre travail est avant tout technique ?

Quand vous avez fait vos quatre réglages, la sensibilité, la vitesse, le diaphragme et la mise au point, il n’y a plus qu’à déclencher. Ce n’est pas plus compliqué. Avec le numérique, vous avez plein de menus et tout se fait automatiquement. Faites un test : félicitez un photographe pour son travail en numérique et regardez sa réaction. Il ne va pas parler de la photo mais de l’appareil photo. Il va vous dire qu’il est vachement bien, qu’il a tout fait tout seul… Il affiche toujours une tête de vainqueur. Comme s’il venait d’acheter une super bagnole. Or, son matos va tomber en passe dans 3 ans. En fait, il ne sait jamais quoi répondre. Et le numérique, c’est moche.

 

Avec votre appareil, il y a une vraie recherche de la belle image. Comment captez-vous l’émotion ?

J’adore prendre une photo. Je trouve cette expression très appropriée. Quand je prends une photo, je regarde dans le viseur. Je vois une chose jolie et je la prends. Comme quand vous êtes dans un magasin : vous trouvez une fringue qui vous plaît, vous la prenez. Transmettre une émotion, c’est une autre histoire. Je n’en suis pas trop responsable. Mon travail se résume à l’amour de la belle image.

 

Voulez-vous être un témoin de l’histoire de la musique ?

Non, ce serait très présomptueux. Cela supposerait également que je puisse avoir du recul sur ce qui se passe. Lors des concerts, je m’occupe les mains et cela suffit à mon bonheur.

 

REM © Richard Bellia

REM © Richard Bellia

C’est un métier de solitaire.

C’est dans ma nature. Je préfère être tout seul.

 

Ecoutez-vous beaucoup de musique ?

Je passe mon temps avec un groupe chaque année. En ce moment, c’est Fat White Family. Ça m’a pris en juillet. Je suis sûr que ce groupe va marcher.

 

Le programme :

  • Exposition au Kalif à Rouen : tous les jours de 10 heures à 18 heures. Entrée libre
  • Exposition au centre André-Malraux à Rouen : tous les jours de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures. Entrée libre
  • Samedi 7 février à 10 heures : brunch photographique avec Richard Bellia au centre Malraux à Rouen. Tarif : 12 €. Réservation au 02 35 08 88 99.
  • Dimanche 8 février de 9 heures à 19 heures : prise de vue, développement des films et tirage de photos sous agrandisseur avec Richard Bellia. Tarif : 120 €. Réservation au 02 35 08 88 99.