L’Histoire intime d’Elephant Man, c’est une promenade dans les méandres de la pensée, des réflexions de Fantazio. Dans ce spectacle inclassable qu’il joue mardi 20 février au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen, il a délaissé la chanson, l’improvisation et la contrebasse pour une écriture plus structurée et une interprétation plus directe. Fantazio a voulu aller à l’essentiel, partager des interrogation sur un monde qui lui semble tellement étranger. Entretien.

Pourquoi avez-vous choisi Elephant Man comme un prétexte à raconter votre histoire ?

Il est émergé assez tard. Mon histoire avec Elephant Man est néanmoins très personnelle. Je suis tombé sur l’affiche alors que j’étais enfant. J’avais 5 ou 6 ans. Cela a déclenché en moi une angoisse et un mal-être aigu parce que cette image m’est apparue terrifiante. Quand je réfléchissais au spectacle, je cherchais quelque chose à l’aveuglette qui pouvait me dégager de la musique, de m’éloigner de moi. L’image d’Elephant Man, cette personne difforme, est revenue. J’ai associé la déformation à la transformation. Cela pourrait être comme un pacte fait avec lui qui dirait : je déforme ma vie comme lui se déforme physiquement.

La musique ne pouvait-elle pas vous permettre cette transformation ?

En musique, j’ai développé des formes différentes. Pour moi, la musique est une sorte d’outil de transformation permanente, un outil de guérison avec beaucoup de phases inconscientes. J’étais surtout dans une sorte de performance avec des improvisations. Là, j’avais envie de vaincre cet état d’isolement, de raconter une histoire pour aller vers les autres. J’ai multiplié tellement de formes que je me suis éloigné de mon noyau personnel.

L’improvisation est une urgence, l’expression d’un sentiment immédiat. Pourquoi avez-vous ressenti un éloignement ?

L’improvisation, c’est la liberté extrême. Elle rapproche de soi. Elle permet certes d’aller sur un terrain de liberté mais pas tellement. Pour certains, l’improvisation n’existe pas. A chaque fois, on reproduit des tics. On pose sa main dans les même zones. La liberté est à reconquérir à chaque situation et je n’avais pas d’outil pour garder cela.

 

 

Cette Histoire intime comporte six versions. Pourquoi ?

Je suis parti de rien. J’avais un problème. Lors des premières recherches, je continuais à improviser alors que mon objectif était de construire une structure. Je voulais guérir de l’improvisation. Je ressentais une impression de fuite permanente. Il y a eu six versions pour me rapporter d’un propos. Et la structure s’est imposée à force de jouer. Ce spectacle, je ne l’ai pas écrit à une table mais dans ma tête. Et j’ai beaucoup écrit pour déployer une pensée. Je souhaitais parler de cette sensation d’éparpillement, de duplication intime, d’être découpé en morceaux par le monde.

Pourquoi une histoire ?

Elle doit être différente pour chaque spectateur. Ce spectacle est un plateau de fruits de mer composé de troubles sociaux et intimes, de sensations abstraites. Je fais un va et vient entre l’intime et le général.

Où est la part de monstruosité ?

Je dirais plutôt singularité. Les politiques pensent de cette manière : il y a la majorité et les minorité. Mais chaque être a une singularité. Je trouve cela plus joli. Chaque corps a une singularité. C’est ce qui fait que l’on se sent seul. Elephant Man est unique.

Quelle est alors la part de poésie ?

Ce n’est pas à moi de le dire. La poésie, c’est l’extrême étonnement devant le monde, une sorte d’ébahissement devant la vie. Je suis dans ce rapport poétique aux choses. Chaque journée est un commencement étrange. Cela semble compliqué à exprimer. Pour moi, c’est ma façon première d’être. C’est donc naturel d’écrire.