Gasandji : « la musique me rattrape toujours »

par | 25 novembre 2021 | Concert

Avec Gasandji, le sacré, c’est la vie. Son nouvel album en est rempli. Avant de le composer, elle est allée chercher un élan au Congo auprès des Pygmées Aka. Elle a écouté les chants de la forêt, échangé avec les femmes porteuses d’une longue culture et s’est imprégnée de leurs chants. Le Sacré est le film indéfinissable de ce voyage cathartique. Il s’écoute comme une œuvre en plusieurs mouvements. Dans le cadre du festival Chants d’Elles, Gasandji sera vendredi 26 novembre au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen où elle est artiste associée. Entretien.

Quelle artiste associée voulez-vous être au Trianon transatlantique ?

Être artiste associée, c’est l’opportunité d’avoir du temps pour travailler sur des projets de fond avec ce qui fait que la salle existe, avec le public. Je souhaite créer, mettre en valeur ce lien avec les spectateurs.

Pourquoi ce voyage au Congo a été essentiel dans la composition de cet album, Le Sacré ?

Je n’ai pas fait ce voyage dans le but d’écrire un album. Je suis partie parce que j’ai subi un choc après la perte de mon père. J’avais besoin de me trouver à travers mes racines. Je ne savais pas du tout ce que serait la suite de ce voyage. Mais la musique me rattrape toujours.

Là-bas, vous avez tout enregistré.

Je suis partie avec un ingénieur du son. Lui aussi a été bousculé. Nous étions dans la forêt équatoriale. En fait, nous avons mené comme une recherche ethnologique. Il a en effet tout filmé, tout enregistré. À la fin, il m’a demandé ce que nous allions faire de cela. Je lui ai répondu que je n’en savais rien. Tout se bousculait dans ma vie. Je voulais que mes enfants soient plus près de moi. Je voulais aussi revoir ma manière d’appréhender mon métier. Au bout d’un an et demi, j’ai eu envie d’écrire une histoire en plusieurs parties pour aller d’un épisode à l’autre. Sans rien forcer, j’ai construit avec ce qui fait l’humanité.

Quel a été alors votre fil rouge pour y parvenir ?

Ce sont les éléments. L’eau, le vent, la terre sont le socle. J’ai écrit cette histoire et j’ai ajouté ces éléments comme on crée un bouquet de fleurs. Ce fut instinctif. J’ai eu à cœur de développer mon intuition. C’est quelque chose qui ne me trompe jamais. Plus je la développe, plus je suis dans la bonne direction.

Pourquoi avez-vous choisi ce titre, Le Sacré ?

J’ai seulement écrit sur la pochette de l’album, Le Sacré. Mon nom n’y figure pas. Je m’intègre dans le sacré. C’est notre essence. Tout y est. C’est le vivant. Donc je fais partie de ce sacré. Il y a quelque chose de mystique là-dedans. Cet album célèbre la vie. Je reviens à ce choc par rapport à la perte. Partir en forêt, c’est célébrer le vivant.

Est-ce que cela a redonné un sens à votre vie ?

Complètement. Ce voyage m’a renversé. Il y a un avant et un après. Il m’a permis de me reconnecter à la vie. Pour cela, il fallait que je puisse mourir un peu. Il faut mourir un peu tous les jours pour vivre et ne rien regretter.

Pour aussi écrire et composer ?

Oui, à 1000 % ! C’est pour cette raison que je ne veux plus m’adapter à l’inadaptable. Je ne peux plus me mettre dans un mocassin qui ne me va plus. Je veux créer des choses autrement. Pour la suite, rien n’est fixé. Rien n’est écrit. Aujourd’hui, je conçois cette idée d’artiste associée de cette manière. Je vais aller vers le public, vers l’inattendu. Je vais être une accompagnatrice dans une transmission commune pour révéler le potentiel humain dans la création.

Comment traduisez-vous cet album, Le Sacré, sur scène ?

Cet album est intemporel et va se traduire tout seul. Je dois le laisser se jouer. Moi, je serai dans ma temporalité humaine. Mon rêve est de le jouer dans des endroits étranges, au milieu des éléments de la nature.

Infos pratiques

  • Vendredi 26 novembre à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen
  • Tarifs : de 20 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 35 73 95 15 ou sur www.trianontransatlantique.com
  • photo : Thomas Millet

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