Le succès est là depuis la sortie de leur premier album, éponyme. Il y a eu un véritable coup de foudre pour les deux sœurs, Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, réunis dans Ibeyi. Le duo réussit un délicieux cocktail de soul, de pop, de hip-hop et de musiques afro-cubaines, de langues anglaise, yoruba et espagnole. Dans Ash, le deuxième album, les voix dialoguent toujours. Le mystère demeure.  Les propos restent sombres. Lisa-Kaindé et Naomi Diaz y insufflent une énergie plus brute et surtout plus de groove. Ibeyi sera samedi 17 novembre au 106 à Rouen. Entretien.

Ash est un album du présent, contrairement au premier, davantage tourné vers le passé. Qu’est-ce qui vous a amené à changer de temps ?

C’est le premier album Ibeyi et la tournée qui a suivi. On a chanté ces premières chansons qui racontaient notre famille, la perte de notre père et de notre sœur, pendant deux ans. Elles ont fait le tour du monde avec nous. Pour le deuxième album, qu’on a en partie composé en tournée, on avait besoin de parler de ce qui nous entourait. 

Est-ce que Ash est le fruit des observations ou des sentiments éprouvés pendant la tournée ?

Les deux. Certaines chansons comme No Man is big enough for my arms est à la fois une chanson en réponse à la fameuse phrase de Trump disant qu’on peut attraper les femmes par la chatte, et à la fois une réflexion sur la place que les femmes elles-mêmes doivent se donner. Deathless est née d’un épisode désagréable de délit de faciès que l’une de nous a subi adolescente à la Gare du Nord. Me Voy en revanche naît de l’observation de notre setlist lors de la tournée précédente. On voulait un titre up tempo qui fasse danser les gens. C’est notre première chanson en espagnol et elle nous fait du bien en concert. Cependant certains morceaux comme Vale qui est une berceuse, Transmission ou Waves , qui sont un peu des ovnis, ne  sont pas  liées à l’observation du monde qui nous entoure ou à la tournée. Ce sont des chansons intimes. 

Plusieurs chansons sont en forme d’hymnes. Pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas un choix conscient.  Les chansons ont leur propre destin ! Les chœurs participent probablement à cette atmosphère. On adore le negro spiritual, certaines chansons sont peut-être comme des negro spirituals laïques et contemporains. 

 

 

Pourquoi était-il important, pour vous, de faire entendre des mots de femmes dans cet album ?

Ce n’est pas parce que ce sont des femmes qu’elles sont sur l’album, c’est ce que ces femmes disent qui nous plait. Il y a un passage du journal intime de Frida Kahlo qui dit “Pourquoi ai-je besoin de mes pieds puisque j’ai des ailes pour voler ?”. Ce n’est pas spécifique aux femmes. Claudia Rankine, dont nous avons samplé la voix, a écrit un livre de poèmes sur le racisme ordinaire aux USA qui nous a beaucoup inspirées et bien-sûr, le discours de Michelle Obama en réponse à la phrase de Trump est grandiose. Si ça avait été un homme qui avait prononcé ces mots, on aurait été aussi enthousiasmées à l’idée de les sampler.

Le plus souvent, ce sont les personnes d’un certain âge qui parlent de transmission. Pourquoi avez-vous ressenti ce besoin ?

Quand on perd quelqu’un très jeune, on se rend compte de l’importance de la transmission. Notre père est mort quand nous avions 11 ans et heureusement il nous a transmis des choses qui sont fondamentales pour nous aujourd’hui. Chanter, jouer, devant un public, c’est une histoire de transmission et de partage. Ce n’est pas forcément la transmission d’un savoir mais d’une expérience, d’émotions, de sensations. S’il n’y a pas de transmission de part et d’autre, c’est triste. 

Faut-il alors voir Ash comme un point final ou un point de départ ?

Chaque jour est un nouveau départ. Chaque chanson. Chaque album. Chaque concert. 

 

Infos pratiques

  • Samedi 17 novembre à 20 heures au 106 à Rouen. 
  • Première partie : Niko Niko
  • Tarifs : de 31 à 14,50 €. Pour les étudiants : carte Culture. 
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com