Jan Vormann : « j’aime l’ordre et le chaos »

par | 20 octobre 2020 | Exposition, Normandie Impressionniste

Quelques briques de couleurs viennent faire vibrer l’architecture du palais de justice de Rouen. Dans le cadre de Rouen impressionnée et Normandie Impressionniste, Olivier Landes, commissaire de l’événement, a confié à Jan Vormann cet édifice d’architecture gothique de la fin du Moyen-Âge. Ce street artiste qui partage sa vie entre l’Allemagne et le Chili colore les villes avec des graffitis, des collages et aussi des Lego. Sur le palais de Justice, il a comblé les trous d’obus datant de la Seconde Guerre mondiale dans . Entretien avec Jan Vormann.

Quel regard portez-vous sur l’architecture des villes ?

J’aime l’espace public. Dans le monde entier, il est différent bien sûr mais j’y trouve des similarités. Je m’intéresse à son histoire et j’aime le mélange des architectures, le classique avec le moderne. Dans mon approche, je ne détache pas l’architecture des habitants. J’interviens dans les villes pour attirer le regard des personnes et susciter un échange avec elles. Mon projet ne se fait pas d’une manière stricte. J’aime rassembler un groupe d’habitants. On parle de la ville et de divers sujets. Il peut arriver aussi que des personnes apprécient ma démarche, le street art et s’arrêtent pour bavarder. Puis, on construit ensemble.

Pourquoi avez-vous accepté la proposition d’Olivier Landes ?

Quand Olivier m’a envoyé les photos du palais de justice, j’ai pensé qu’il avait effectué un bon choix. J’ai travaillé sur un bâtiment similaire à Berlin. Il n’était cependant pas aussi impressionnant. Le palais de justice de Rouen est un édifice spécial avec une histoire, une architecture imposante, des gargouilles… Normalement, après de tels dommages, il doit être réparé. Or les Rouennais en ont décidé autrement. Ils se sont opposés à sa restauration et souhaité garder les traces de la Seconde Guerre mondiale.

Comment avez-vous procédé sur le palais de justice ?

Cela n’a pas été facile à cause de la forme des trous. Ce n’était pas simple de faire tenir les briques sans qu’elles tombent. Il a fallu beaucoup de patience pour trouver le bon trou et la bonne forme. Ce n’était pas possible de préfabriquer. Il a fallu composer avec la profondeur, la hauteur, la largeur des trous d’obus. Nous avons travaillé comme pour un vrai mur, brique par brique. Heureusement que Savati est venu apporter de l’aide.

Comment êtes-vous revenu aux Lego ?

Pendant mes études, je cherchais ce qui pouvait m’intéresser dans l’art. Je pensais de manière globale. Un artiste doit être très ouvert, connecté, dans l’échange. Je me suis demandé comment une œuvre pouvait être comprise alors que l’on ne parle pas la même langue. J’ai commencé à travailler avec ces briques en 2007, en Italie dans un village de 200 habitants, situé au nord de Rome. J’ai fait une première intervention in situ et je voulais une matière contemporaine. Le plastique en est une.

Vous avez aussi recherché la couleur ?

Nos bâtiments sont sombres et sobres. Quand vous regardez les jouets et les aires de jeux des enfants, tout est très coloré. Pourquoi alors leur imposer de vivre dans des villes grises ? Par ailleurs, tous ces bâtiments, les habitants ne les voient plus. Ils ne les regardent plus. En insérant des briques de couleurs dans leurs murs, on reprend le cours de l’histoire. Sur le palais de justice, cela a permis de reparler des trous d’obus et de la Seconde Guerre mondiale. En fait, j’aime l’ordre et le chaos. J’adore aller sur les marchés où tout est mélangé.

Comment réagissez-vous aux réactions des plus hostiles à votre travail ? Certaines personnes parlent de non-respect.

Je travaille dans le respect de l’architecture. Même un peu trop. J’interviens juste avec cette fantaisie qui a un impact sur le bâtiment. J’aime bien quand on me propose des formes qui dépassent des murs. Sur le palais de justice, il y a un escalier qui ressort, aussi des portes, des fenêtres. Sinon, je respecte l’architecture. Ce fut d’ailleurs très difficile de recréer en pixel les colonne à 33°. Il faut bien regarder. Il y a plein de choses à découvrir.

  • photo Jean-Pierre Sageot

À lire également

eleifend sit Donec dictum justo suscipit vel, ut