L’histoire est cruelle. Sylvia et Arlequin s’aiment comme des fous. Mais le Prince aime aussi Sylvia. Sans états d’âme, il va user de son pouvoir pour séparer les deux jeunes amoureux. Et il y parviendra. Par pur égoïsme. La Double Inconstance est une des pièces les plus féroce de Marivaux. Jean-Michel Rabeux ajoute au titre un « ou presque ». Le metteur en scène, connu pour ses créations sans concession, invente une version moderne en oubliant les arlequinades, trop datées. La Double Inconstance (ou presque) se joue mercredi 27 et jeudi 28 février au Volcan au Havre. Entretien avec Jean-Michel Rabeux.

Est-ce que La Double Inconstance est seulement une comédie des sentiments ?

Pas du tout. C’est une tragédie des sentiments. Le Prince emmène Sylvia pour l’épouser, avant tout pour se la taper. On peut dire que c’est un rapt, un abus de pouvoir. Il est un charmeur et utilise toutes ses armes de séduction. D’ailleurs, la jeune femme se laisse séduire même si Arlequin et elle se sont promis. Ils vont alors se trahir. De son côté, Lise se charge de séduire Arlequin. Cette pièce est un mélange de cruauté, de légèreté, de séduction et d’actes pitoyables.

Vous avez déjà mis en scène La Fausse Suivante et Arlequin poli par l’amour de Marivaux. Comment avez-vous abordé La Double Inconstance ?

Avec beaucoup de passion. J’ai en effet beaucoup de passion pour la langue de Marivaux et sa pensée. Bien évidemment, des choses ont vieilli. Comme les arlequinades qui ne font plus rire. J’ai choisi La Double Inconstance pour les thèmes que la pièce aborde. J’en enlevé certains passages mais personne ne s’en aperçoit. J’ai voulu resserrer le propos et j’ai changé la fin pour des raisons dramaturgiques.

Comment avez-vous appréhendé cette cruauté qui est masquée en fait ?

Marivaux, c’est le siècle du masque. Le Prince va user de subterfuges pour séduire Sylvia. Il va apparaître comme très doux. Jamais, il ne l’attaque de front. Il est mielleux. Il lui dit qu’elle lui est destinée. Mais ce ne sont que de bons sentiments bien hypocrites. Le mensonge est dit avec beaucoup de sincérité. Le Prince veut vraiment les capturer, la violer. Il est même perturbé par ses désirs et la naïveté des autres. Il est animé par une fureur. C’est très humain. Dans cette pièce, il y a de l’amour partout. Arlequin et Sylvia s’aiment et s’abandonnent à tort.

Ils s’aiment mal ?

On s’aime souvent mal. Nous avons tous souvent du mal avec cela. Au fil des années, rien n’a changé. La jalousie est le critère de l’amour. Si on aime, on est jaloux. Et si on n’est pas jaloux, on n’aime pas. 

Y a-t-il chez Marivaux beaucoup de pudeur ?

Oui, il y a énormément de pudeur. Tout est caché. Les acteurs ont de la pudeur. Les sentiments puissants sont joués, masqués et mis en délicatesse.

Pourquoi avez-vous choisi de confier le rôle du prince à une comédienne, Claude Degliame ?

À l’époque de Marivaux, le travestissement est très présent. Il l’est dans La Fausse Suivante. J’aime beaucoup cela parce que l’on déplace les genres. De plus, la comédienne s’appelle Claude.

Infos pratiques

  • Mercredi 27 et jeudi 28 février à 19h30 au Volcan au Havre. 
  • Spectacle tout public à partir de 13 ans
  • Tarifs : de 24 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com