Jennifer Smith fait partie de ces grandes chanteuses lyriques qui ont parcouru un large répertoire musical. Née à Lisbonne au Portugal, elle a poursuivi ses études à Londres en Angleterre avant de  parcourir le monde. Elle a interprété les plus beaux rôles d’opéras sous la baguette de Boulez, Christie, Minkowski, Herreweghe… Jennifer Smith est jusqu’à dimanche 17 septembre membre du jury du concours international  de musique baroque de Normandie, créé par le Poème harmonique. Entretien à l’issue de la première journée du concours Corneille, première des cinq Saisons baroques.

Avez-vous passé une bonne journée ?

Oui, la musique donne toujours beaucoup de joie. Il y a la joie de retrouver ces airs et de constater à nouveau que ces jeunes ont tellement de talent. Quand j’avais leur âge, je n’avais pas encore leur niveau. C’est toujours ce que je ressens lorsque je les entends.

Membre du jury, sur quoi porte votre attention ?

Quand on est membre du jury, il faut entrer un peu dans une espèce de zen. Parce que les journées sont longues et qu’il faut rester en alerte au début de la journée, à la fin et au milieu. Il est indispensable d’avoir la même attention pour chaque candidat. Pour ce concours, notre président de jury (John Mark Ainsley, ndlr) a proposé une chose intelligente. Lors du premier touron nous écoutons et nous choisissons ceux que nous avons envie d’entendre au deuxième tour dans un autre programme.

En quoi la voix est-elle un instrument particulier ?

C’est un instrument très particulier. C’est l’instrument qui peut varié le plus dans sa couleur. On peut passer de l’une à l’autre. La voix est en effet capable de beaucoup de choses. Souvent les jeunes chanteurs n’ont pas conscience de cela. C’est toujours un petit peu pareil parce qu’ils sont amoureux de leur voix. C’est une phase par laquelle il faut passer. Oser la variété dans la voix sert encore davantage la musique que vous chantez.

Faut-il jouer avec sa voix ?

C’est cela, il faut jouer avec sa voix. Et c’est possible de le faire parce que c’est l’instrument le plus riche que nous possédons. Mais ce n’est pas seulement un instrument musical. Nous avons des mots à chanter. C’est donc aussi de la poésie et du théâtre. Il faut exprimer tout cela.

Quand avez-vous pris conscience que vous aviez une voix ?

Je ne sais pas parce que j’ai toujours chanté. Dans notre jardin, nous avions une balançoire. Enfant, je me balançais et je chantais. C’est ma soeur qui a dix ans de plus que moi qui m’a fait travailler ma voix. Beaucoup de personnes m’ont toujours dit : dès que j’entends quelques notes à la radio, je sais que c’est toi qui chante.

Comment avez-vous su préserver votre voix ?

La voix est une chose fragile. J’ai eu la chance d’avoir deux très bons professeurs qui m’ont fait travailler et qui m’ont donné de précieux conseils pour préserver cette voix. La technique était naturelle : il ne faut jamais forcer mais chanter à 95 %. Jamais à 100 %. Par ailleurs, il ne faut pas devenir paranoïaque, se soucier tout le temps de sa voix. Surtout que les théâtres sont les lieux où il y a le plus de courants d’air.

Transmettre a toujours fait partie de vos désirs de chanteuse ?

Je le fais toujours lorsque j’en ai l’opportunité. Nous pouvons transmettre notre expérience mais on ne peut pas faire apprendre un phrasé, la façon dont on doit conduire une phrase musicale. Ça, on l’a ou on ne l’a pas. Ce que j’ai appris aussi lors de cette carrière, c’est qu’il faut encourager. Chez tous les chanteurs, il y a quelque chose de positif. Nadia Boulanger (pianiste, organiste, chef de chœur et d’orchestre, ndlr) le répétait et je ne l’ai pas oublié. Il n’y a aucune raison de détruire quelqu’un. Pourquoi chantons-nous ? Parce que c’est merveilleux. Pourquoi enlever cela même à une personne qui ne chante pas très bien. Même se elle ne va pas faire une grande carrière, pourquoi lui enlever ce plaisir ?

Allez-vous souvent au concert ?

Non, j’en ai fait tellement mais chaque fois que je vais à un concert, je suis aux anges. Je me dis que ça vaut la peine. Mais c’est une peine. Et, quand je tombe sur un magnifique enregistrement, j’écoute et j’écoute et j’écoute…

Concours Corneille

  • Vendredi 15 septembre de 11 heures à 12h30 et de 14 heures à 15h30 à la chapelle Corneille à Rouen. Programme imposé : Monteverdi, Rameau, Haendel, Bach. Entrée libre.
  • Samedi 16 septembre de 11 heures à 13 heures et de 14 heures à 16 heures à la chapelle Corneille à Rouen. Programme libre. Entrée libre.
  • Dimanche 17 septembre à 16 heures à la chapelle Corneille à Rouen. Programme imposé : Lully, Purcell, Vivaldi, Haendel. Tarif : 5 €.