L’intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven, ce sont dix œuvres écrites entre 1797 et 1812. Depuis 2014, Lorenzo Gatto, violoniste, et Julien Libeer, pianiste, se sont lancés dans cette aventure musicale qu’ils partagent à la chapelle Corneille avec l’Opéra de Rouen Normandie. C’est une promenade en trois étapes, entre le 14 et le 28 janvier. Entretien avec Julien Libeer.

Comment s’est constitué le duo avec Lorenzo Gatto ?

Cela fait longtemps que nous nous connaissons tous les deux. Le monde n’est pas si grand et nous avons le même âge. Le duo est né en 2012 grâce à Gilles Ledure (directeur de Flagey, ndlr) qui nous a proposé de jouer cette intégrale de Beethoven. Nous avons vraiment commencé à travailler en 2014. Très vite, nous avons vu que cela matchait entre nous deux. Ce duo est un mélange de similitudes et de différences. Nous sommes deux nerveux qui essaient d’apprivoiser cette nervosité. Nous avons le même sens du tempo. Lorenzo a un rapport plus charnel au son. C’est propre aux instruments à cordes. Moi qui ai la partition complète sous les yeux, j’ai une approche plus architecturale. Nous avons un fond commun sur lequel se greffent des différences.

Jouer une intégrale, est-ce un défi ?

C’est un défi parce que c’est un gros, gros répertoire. C’est aussi une œuvre avec de nombreux interprètes référents, morts ou vivants. Nous avons pris notre temps afin de tracer notre chemin. Nous avons interprété les trois premières pièces en 2016. Cette année-là, il n’y avait qu’un seul disque enregistré.

Comment avez-vous appréhendé cette intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven ?

Nous avons approché ces sonates avec beaucoup d’humilité. Nous avons commencé par les œuvres les moins intimidantes. La première a été la neuvième, la sonate n°9 à Kreutzer, la plus connue, puis la première, plus légère. Là, nous avions le début et la fin. Au fil des années, nous avons complété le répertoire. Il nous a fallu un apprentissage. À la fin, on se sentait comme chez nous dans les sonates de Beethoven.

Comment vous êtes-vous approprié le langage de Beethoven ?

Nous avons interrogé la partition, regardé le plus profondément possible ces pièces tout en essayant de trouver ce qu’elles évoquaient. Les choses se sont clarifiées avec le temps. Au début, nous étions comme des funambules qui cherchent à rester sur la corde, à trouver un équilibre. Quand on y parvient, tout devient possible.

Est-ce que jouer l’intégrale des sonates pour violon et piano permet de comprendre l’évolution de l’écriture de Beethoven ?

La particularité de cette œuvre est que neuf sonates sur les dix ont été composée en trois ans. C’est un temps très court mais pas une de ces partitions ne ressemblent à l’autre. C’est comme si vous étiez en un même endroit avec dix bâtiments différents dans des ambiances différentes. Il ne faut donc pas les aborder avec des a priori. Il faut venir avec beaucoup de candeur, interroger l’œuvre qui va se révéler.

Est-ce que vous les connaissez par cœur ?

Oui, je les connais par cœur mais je ne les joue pas par cœur. Avoir la partition limite les risques. Cependant, on pourrait très bien les jouer par cœur.

Comment cette expérience a influencé votre travail par la suite ?

En tant que duo, ce travail nous a soudés. Il nous a permis de comprendre comment fonctionnait l’autre. Nous savons nous faire confiance. Nous pouvons discuter sans se faire peur. On ne va pas laisser des choses sous le tapis… Nous aimons le musicien que nous sommes chacun. Cela fait six ans que nous voyageons avec ce cycle. Aujourd’hui, nous gagnons beaucoup de temps à chaque reprise.

Revenez-vous à cette intégrale de Beethoven avec le même plaisir ?

On ne s’en plaint pas. La sonate À Kreutzer est inévitable. La troisième est extraordinaire. C’est une bouteille de champagne avec un mouvement lent où on retrouve le Beethoven à la fin de sa vie. J’ai une préférence pour la première. Beethoven y met une énergie de fou. Je ne me lasse pas non plus de la sonate du Printemps.

Que retenez-vous de ce compositeur ?

Ce qui me frappe en général chez Beethoven, c’est la vitalité qui se dégage de ses œuvres. Cela m’énerve quand on parle de dépoussiérer la musique. Quand vous écoutez la troisième sonate, tout le monde est par terre. C’est une pièce qui a un impact direct sur vous. Si une musique pareille étonne encore, ce n’est pas anodin. C’est le juste le propre de tous les chefs-d’œuvre. Ils vous touchent. Et ce n’est pas un truc d’intello. Même s’ils sont intellectuellement pensés, il n’y pas besoin d’être initié pour les ressentir. Après un concert consacré à Beethoven, je ne suis jamais épuisé. C’est une musique galvanisante, une nourriture de l’âme, de sens. Beethoven, c’est du carburant.

Le programme

mardi 14 janvier

  • Sonate n°1 op.12 n°1
  • Sonate n°5 op. 24 « Le Printemps »
  • Sonate n°10 op. 96

jeudi 23 janvier

  • Sonate n°4 op. 23
  • Sonate n°8 op.30 n°3
  • Sonate n°2 op. 12 n°2
  • Sonate n°6 op. 30 n°1

mardi 28 janvier

  • Sonate n°3 op.12 n°3
  • Sonate n°7 op. 30 n°2
  • Sonate n°9 op. 47 « À Kreutzer »

Infos pratiques

  • Concerts à 20 heures à la chapelle Corneille à Rouen.
  • Tarifs : de 21 à 10 €., 45 € les trois concerts Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr

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