Kery James à l’ECFM : « je trouvais excitant de travailler sans musique »

par | 30 mars 2018 | Théâtre

photo Nathadread Pictures

Le nom de Kery James est associé au rap. Il en est d’ailleurs un des plus brillants représentants. Le voilà dans le monde du théâtre pour porter une interrogation sur la banlieue. Kery James a écrit À Vif, un dialogue pour deux personnages, mis en scène par Jean-Pierre Baro. C’est même une joute oratoire entre deux étudiants en Droit qui s’opposent lors du concours d’éloquence. Une question est en débat : L’État est-il responsable de la situation actuelle des banlieues ? D’un côté, Soulaymane, affirme que non. Chacun doit prendre son destin en main. Face à lui, Yann, joué par Yannick Landrein, pétri de valeurs humanistes, défend le oui. À Vif se joue samedi 31 mars à l’espace culturel François-Mitterand à Canteleu lors du festival Terres de Paroles. Entretien avec Kery James.

A quand remonte votre volonté de jouer au théâtre ?

Cela fait quelques années. En 2012, j’ai passé trois semaines au théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Dans le cadre d’un concert acoustique, j’ai donné une lecture de textes. Avec le théâtre, il y a une autre pensée, une autre sensibilité qui provoquent d’autres rencontres. J’avais aussi envie de m’adresser à d’autres personnes.

Est-ce que les retours du public atteignent vos espérances ?

A chaque fin de représentation, le public se lève. Je pense que cela vient du fait que les conversations sont peu nombreuses à notre époque. Il est difficile de parler de ces sujets sans être dans le conflit. La pièce permet d’avoir un échange franc tout en étant bienveillant. C’est un vrai bol d’air. Les spectateurs repartent ainsi avec moins de certitudes. C’est un texte qui a pour but de susciter des interrogations.

Pour aborder ce sujet, il fallait une confrontation d’idées : un pour et un contre ?

C’est ce qui m’intéressait. Je voulais avoir un contradicteur. Cela pousse à aller plus loin dans l’écriture, dans les réflexions. Cela rend plus solide et le texte, plus fort.

Comment avez-vous travaillé avec le metteur en scène, Jean-Pierre Baro ?

Dans la musique, je suis le principal capitaine. Même si j’ai l’habitude de travailler avec des réalisateurs pour les albums. Au théâtre, j’étais accompagné d’un metteur en scène, habitué à lâcher du lest, à faire confiance. Jean-Pierre Baro est aussi un artiste qui a envie de dire des choses, qui est plutôt engagé. Comme le texte est fort, il a opté pour une mise en scène dépouillée. Avec lui, je me suis laissé guider.

Est-ce difficile de porter un texte sans une musique ?

Non, finalement. Comme j’avais envie d’avoir de nouvelles sensations, je trouvais excitant de travailler sans musique. J’avais vraiment dans l’idée de ne pas rapper. Le metteur en scène a voulu un passage chanté. Il a eu raison parce que c’est un des moments les plus émouvants.

Est-ce qu’un duo au théâtre est le même en musique ?

Plus le temps passe — nous sommes à la centième représentation —, plus nous jouons vraiment. Au début, c’est vrai, j’étais stressé. Il fallait que j’assume mon texte. Et j’étais dans ma bulle. Maintenant, j’arrive à être en harmonie avec Yannick Landrein. On se répond davantage. Il y a la même complicité dans un duo musical.

Est-ce que votre regard sur la banlieue a changé ?

En 1996, j’ai écrit Le Ghetto français. Je le chante toujours parce que ce texte correspond encore à la réalité d’aujourd’hui. Les choses n’ont pas forcément évolué. Concernant les habitants des banlieues, il y a une sorte de polarisation. Il y a des jeunes qui veulent s’en sortir et d’autres qui sont dans la violence extrême. Là, il n’y a pas beaucoup de place pour l’entre-deux.

Cette situation vous met-elle toujours en colère ?

Ce n’est pas forcément de la colère. Elle a quelque chose de neutralisant. Je reste révolté face aux injustices. C’est désormais une préoccupation d’homme de 40 ans qui a une famille et qui se demande quel monde il va laisser à ses enfants.

  • Samedi 31 mars à 20h30 à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu. Tarifs : de 20 à 12 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 36 95 80.

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