La compagnie Bêstîa se dépasse dans “Barrières”

par | 30 mars 2021 | Vie culturelle

Wilmer Marquez a dû franchir de nombreux obstacles pour devenir un artiste. Il raconte ces Barrières à soulever pour atteindre de nouveaux horizons. L’acrobate a présenté avec sa compagnie, Bêstîa, au CDN de Normandie Rouen, cette troisième création à l’issue d’une résidence.

Wilmer Marquez le dit souvent. Il préfère voir le verre à moitié plein plutôt qu‘à moitié vide. « Je suis un optimiste. C’est comme cela depuis ma naissance. Dans toute situation difficile, j’essaie de trouver un côté positif ». Et des moments douloureux, l’acrobate en a traversés beaucoup. « Quand j’étais enfant en Colombie, on ne devait pas bouger ou faire de bruit. Moi qui suis un hyperactif et un inquiet, c’était compliqué. Il a fallu que je trouve une façon de canaliser mon énergie ». Ce fut la danse et le cirque dans les rues de son quartier populaire, bravant les interdits.

La rencontre avec Edward Aleman a ensuite été décisive. Les deux garçons partagent leurs rêves et parviennent ensemble à les vivre. Arrivés en France en 2008, Edward Aleman, le voltigeur, et Wilmer Marquez, le porteur, entrent au CNAC (centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne), croisent David Bobée, metteur en scène, désormais directeur du Théâtre du Nord à Lille qui laisse une place à ces deux artistes dans Roméo et Juliette et reprend avec eux Warm. Puis viennent le temps de la fondation de la compagnie El Nucleo, et celui de la création avec Quien Soy ? (Qui suis-je ?). On découvre alors un duo de mains à mains virtuose, époustouflant qui joue sans cesse avec les limites.

5 filles et 5 garçons

« J’ai décidé de me donner le droit d’être libre ». Pour ce faire, Wilmer Marquez qui vient de fonder sa compagnie, Bêstîa, a fait tomber de multiples barrières, les plus hautes et les plus résistantes. Barrières, tel est justement le titre de sa troisième création, après Somos et Nawak, travaillée au CDN de Normandie Rouen pendant une résidence à l’espace Marc-Sangnier à Mont-Saint-Aignan avec neuf artistes, voltigeurs, porteurs, contorsionnistes, danseurs. Il réunit une troupe, aussi belle que talentueuse, avec cinq filles et cinq garçons, pour évoquer ces barrières, un terme répété chaque jour depuis un an, qu’elles soient géographique, physique, culturelle, sociale, mentale, langagière… Celles-ci ne représentent plus une fin mais un point de départ vers de nouvelles aventures. Barrières, fruit d’une réflexion et d’un travail mené pendant trois ans, se veut un message d’espoir.

Dans ce spectacle, l’acrobate donne une folle énergie pour qu’aucun ne baisse les bras. Devant, derrière et sur ce mur sombre et immense, les dix acrobates dansent, se croisent, virevoltent, réussissent des figures à couper le souffle. Le tout dans un ballet, parfois, joyeux et, à d’autres moments, bouleversant donné sur la musique de Lhasa. « C’est une artiste qui raconte plein de choses en trois langues différentes. Avec elle, je m’échappe de la réalité. Sa musique est tellement belle. Je l’écoute souvent en voiture pendant les tournées ». Cet obstacle que l’on croît insurmontable va se fissurer. Il faudra la force et l’imagination de chacun, aussi celles du groupe pour faire tomber ce mur.

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