Le festival Terres de Paroles qui se tient jusqu’au 23 octobre consacre un après-midi à La Princesse de Clèves, le roman de Madame de Lafayette, au château de Bosmelet à Auffay. Explication avec Vincent Vivès.

Certains ont exprimé un doute sur la valeur littéraire de La Princesse de Clèves. Vincent Vivès, lui, lit le roman de Madame de Lafayette tous les deux ans. « C’est un livre que j’ai enseigné en Lettres. Deux années me laissent le temps de ne pas me souvenir de tout et d’avoir le plaisir de redécouvrir l’ouvrage ». Et ce, depuis la classe préparatoire. « J’avais un exposé et une explication de textes à faire ». Lors de cette première lecture, l’enseignant à l’université polytechnique des Hauts-de-France repère « une structure élaborée », des « effets de miroir et de dédoublement », « un rapport au jansénisme » et « une influence du XVIIe siècle sur l’œuvre ».

photo Jacques L’Oiseleur des Longchamps

Parue en 1678, sans une mention de l’autrice, La Princesse de Clèves est le premier roman d’analyse du sentiment amoureux. Madame de Lafayette raconte la passion qu’éprouve madame de Clèves pour le duc de Nemours. Or l’ex-mademoiselle de Chartres a épousé le prince de Clèves, sans véritablement l’aimer. Durant toute sa vie, elle sera éprise d’un homme et refusera ses avances, même après le décès de son époux.

La princesse de Clèves a un côté héroïque. Est-elle féministe ? Pas certain. Pour Vincent Vivès, il s’agit « davantage de la question de l’individu que de la question de la femme. Elle sait ce qu’elle se doit. Elle peut avoir cependant un côté féministe parce qu’elle refuse d’être un objet de désir ».

Une peinture du XVIIe siècle

La Princesse de Clèves est une histoire d’amour. « Pour qu’elle soit belle, elle ne doit pas avoir lieu. La Princesse de Clèves préfère l’amour absolu. À cette époque, on se doit le salut. Plus que sur le bonheur, ce roman est une réflexion sur l’amour. Il n’est pas la clé du bonheur. L’amour pour un homme enlève une part de celui pour Dieu. En refusant l’amour pour le duc de Nemours, la princesse de Clèves sauve son âme ».

Vincent Vivès
photo Gallimard

Lors du festival Terres de Paroles, Vincent Vivès évoquera le roman de Madame de Lafayette au milieu des illustrations de l’œuvre par Christian Lacroix samedi 5 octobre au château de Bosmelet à Auffay. Le lieu idéal selon l’enseignant puisqu’il permet une plongée dans l’époque de l’histoire. « Le château janséniste correspond complètement à la rigueur de la princesse de Clèves. Il vient juste d’être construit quand Madame de Lafayette naît ».

Certes le roman décrit un conflit intérieur mais raconte un siècle. L’autrice expose les codes sociaux et politiques du XVIIe siècle. « Ce livre est une école d’intelligence, de déchiffrement des signes. Au début du roman, La mère de mademoiselle de Chartres enseigne à sa fille les ressorts de la cour. Là, il y a de beaux princes et de belles princesses. Elle lui conseille de faire attention aux doubles discours, de ne pas tout prendre pour argent comptant ».

Après l’intervention de Vincent Vivès, la comédienne Marie-Christine Barrault lira des extraits de La Princesse de Clèves. Les mots de Madame de Lafayette résonneront avec les notes jouées à la harpe par Claire Iselin.

Infos pratiques

  • Samedi 5 octobre de 13 heures à 18 heures au château de Bosmelet à Auffay
  • À 16 heures : rencontre autour des illustrations de La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette par Christian Lacroix, avec Vincent Vivès
  • À 16h45 : lecture musicale du roman par Marie-Christine Barrault, accompagnée à la harpe par Claire Iselin