Le prince et le poète

par | 23 octobre 2021 | Vie culturelle

Le temps n’a pas d’effet sur lui. Le Petit Prince ne cesse de fasciner les lecteurs du monde entier. Et Michel Bussi, aussi, qui a décidé de mettre son art du suspens à l’épreuve du chef-d’œuvre de Saint-Exupéry dans Code 612 Qui a tué le Petit Prince ?.

 Le Petit Prince est publié aux États-Unis en 1943, à peine un an avant la disparition de son auteur Antoine de Saint-Exupéry. Un conte philosophique qui cache sa profondeur sous des accents légers et va devenir un succès planétaire. L’ouvrage est le plus traduit au monde après La Bible. Pas moins de 434 traductions… Mais ce ne sont là que les chiffres. « Le Petit Prince est un livre de réconfort, intime, qui aide à combler le vide face à l’absence, la solitude, la mort… » explique Michel Bussi dans la postface de son Code 612. Le comédien Gérard Philippe avait raconté Le Petit Prince sur un disque 33 tours. C’était en 1954 et il avait dit : « l’histoire de la rose et du renard, la rencontre du petit Prince et de la mort sont des choses admirables et d’une tendresse presque insupportable. »

Michel Bussi va plus loin en affirmant que c’est un livre universel dont le « message, transcendant les frontières, peut même apparaître aujourd’hui particulièrement subversif dans un monde majoritairement soumis, y compris en France, à l’apologie des replis nationalistes. Pour toutes ces raisons, l’auteur rouennais avait-il sans doute l’ardente envie de replonger dans le livre. A sa manière.

Une nouvelle enquête

En tout cas, pas comme tous ces spécialistes qui ont placé le livre au centre de longues études. Bussi choisit une voie qu’il connaît parfaitement, celle de l’enquête minutieuse (et romanesque). Car il y a matière. Après tout, si « chacun trouvera {dans le Petit Prince} ce qu’il vient y chercher », c’est que la part de mystère y est plus grande que le Sahara. A cela s’ajoute le destin d’Antoine de Saint-Exupéry et les circonstances brutales de sa disparition.

Bussi va donc tout reprendre dans l’ordre, faire l’état des connaissances, vérifier les éléments cruciaux… « Tous les faits exposés dans ce livre sont vrais », insiste l’auteur en préambule. « Sa » vérité, ce sont deux jeunes personnages, Andie et Neven, qui vont se charger de la porter sur leurs épaules, d’un bout à l’autre d’un voyage à escales nombreuses et inattendues. Un périple à la recherche de mystérieux membres d’un club Code 612. Le début d’une enquête policière qui lorgne vers Agatha Christie mais en version plus aérienne (normal pour Saint-Exupéry, après tout). L’occasion de découvrir des anecdotes incroyables et particulièrement troublantes ; à commencer par le fait que le roman avait été « publié dans une version que son auteur n’a pas eu le temps de relire. » Michel Bussi va habilement brouiller les pistes en nous faisant croire à chaque fin de chapitre que l’on sait désormais qui a tué le Petit Prince. Et qui a tué Saint-Ex.

Mais il faudra, comme toujours avec Bussi, attendre la fin du vol pour déboucler sa ceinture de sécurité… Et comprendre qu’il est urgent de retourner lire Le Petit Prince, éternellement blotti au coin de nos vies.

Hervé Debruyne

Infos pratiques

  • Code 612. Qui a tué le Petit Prince, de Michel Bussi, Les Presses de la cité. 14,90€.
  • Tous les droits de l’auteur seront reversés à « la Fondation Antoine de Saint-Exupéry qui soutient et cofinance des projets en faveur de la jeunesse en France et dans le monde dans les domaines de l’éducation et de l’environnement »
  • Plus d’infos sur www.fasej.org
  • photo : Philippe Quaisse

À lire également