terres de parole ok BERTI eduardo©drC’est un avant-goût de Terres de Paroles. Mercredi 9 décembre, au Rexy à Mont-Saint-Aignan, Eduardo Berti lit avec la comédienne Valérie Diome quelques nouvelles écrites durant sa résidence au CHU à Rouen. Pour l’auteur argentin, membre de l’Oulipo, c’est un retour au festival puisqu’il y a déjà participé. Eduardo Berti mêle avec intelligence fantastique, merveilleux, mythologie et réalité. Sans oublier l’humour. Il a passé des jours et des nuits à l’hôpital pour discuter avec les équipes soignantes, les malades et écrire. Il se fait le témoin sensible de la vie dans un service de médecine palliative.

 

Pourquoi avez-vous accepté cette proposition de résidence de la part du festival Terres de paroles ?

J’ai aimé cette proposition de travailler avec une contrainte : se rendre dans un lieu très précis. Jusqu’à présent, je n’ai jamais travaillé de cette manière. Avant d’écrire les livres précédents, il me venait une idée, une image. J’imaginais des personnages. Comme j’aime les défis, j’ai accepté cette résidence.

 

Un hôpital est un lieu particulier. Avez-vous ressenti une appréhension ?

Non, je n’ai pas eu d’appréhension. J’ai vécu plusieurs épisodes à l’hôpital avec mes parents malades. Grâce à cette résidence, je suis passé de l’autre côté du miroir. Je savais que cela serait délicat parce que nous vivons tous des moments difficiles à l’hôpital. Que ce soit pour les malades, les familles, toute l’équipe médicale.

 

Comment vous êtes-vous fondu dans cette vie à l’hôpital ?

J’avais envie de connaître leur vie professionnelle qui a inévitablement des répercutions sur leur vie personnelle. Je voulais aussi comprendre tous les rapports possibles qui pouvaient exister entre médecins, entre infirmières, entre médecins et infirmières, entre malade et médecin… J’ai commencé par observer cette vie. Ensuite, j’ai rencontré toutes les personnes dans le service et j’ai été bien accueilli. Toutes m’ont donné de précieux témoignages. Cela valait vraiment la peine d’essayer. Je suis le premier surpris.

 

A quel moment avez-vous décidé d’écrire des nouvelles ?

Quand j’ai commencé à écrire, je ne savais pas où tout cela allait m’emmener. Comme j’avais récolté de nombreuses histoires et que je voulais faire parler toute l’unité, je suis parti sur une suite de nouvelles. Parfois, ce sont des micro-nouvelles ou juste une réflexion. Je pars d’un témoignage et j’imagine une autre possibilité à cette histoire, un autre personnage, un autre contexte, une autre chute. J’y ai mis aussi ma sensibilité, de mon histoire.

 

Une nouvelle fois, vous revenez à la nouvelle.

J’aime bien la forme brève. En fait, j’aime être à l’écoute de chaque livre, de la forme qu’il demande. Si j’avais écrit un roman, je n’aurais jamais pu retranscrire toute la richesse de cette histoire-là.

 

Que retenez-vous de ce séjour ?

J’ai fais de très belles rencontres. J’ai été très touché de voir à quel point ces personnes sont si engagées dans leur métier, si fières de leur métier. Cet engagement est très touchant.

 

Faites-vous régulièrement des lectures ?

C’est assez rare. C’est la première fois que j’écris en français et ce sera la première fois que je lis en français. Ce n’est pas si évident. Mais j’aime bien lire. Un écrivain ne connaît jamais vraiment son public. Un musicien, un comédien peuvent avoir une réaction immédiate de la part de leur public. La lecture permet cela. J’aime aussi lorsqu’une autre personne s’empare de mes livres. Il y a des nuances et des interprétations complètement différentes qui permettent de découvrir des choses de ses propres écrits. C’est toute la magie de la lecture.

 

  • Mercredi 9 décembre à 20 heures au Rexy à Mont-Saint-Aignan. Entrée libre. Réservation au 02 32 10 87 01
  • La lecture est suivie d’une rencontre avec l’auteur Eduardo Berti, Annie Catan, cadre de santé, Elisabeth Guédon, médecin chef du service de l’unité de médecine palliative au CHU de Rouen.