Les Bad Girls de Jacqueline Caux

par | 15 septembre 2020 | conférence, Notre sélection

Jacqueline Caux présente ses « Bad Girls des musiques arabes », un film sur ces grandes poétesses qui ont bravé les interdits pour exprimer leur art. C’est jeudi 17 septembre au 106 à Rouen dans le cadre des Journées du Matrimoine.

Dans les productions de Jacqueline Caux, il y a toujours une dimension artistique, pédagogique et politique. Raconter pour partager des talents et de la beauté, casser les clichés et combler un vide. Le fil rouge de ses créations ? La musique ! Celle qui est le fruit d’une nécessité de créer. Celle encore qui exprime le désir de liberté, la résistance, la difficulté d’être. Celle enfin qui met les corps en transe.

Depuis les années 1980

Jacqueline Caux revient aux musiques arabes. Son intérêt pour un tel répertoire remonte aux années 1980 quand elle a participé avec son époux, Daniel Caux, aux Journées de musiques arabes au théâtre Nanterre-Amandiers, alors dirigé par Patrice Chéreau. Il y a eu un premier film,  Si je te garde dans mes cheveux, sur les compositrices et musiciennes de Syrie, Tunisie, Palestine et du Maroc. Le deuxième est consacré aux Bad Girls des musiques arabes, du VIIIe siècle à nos jours. « C’est un clin d’œil à ce que j’aime dans les musiques noirs américaines. Quand on vous dit : you are so bad. Cela signifie : tu es vraiment formidable. Ce titre a un double sens. Ces femmes artistes sont considérées comme de mauvaises filles mais elles sont extraordinaires ».

Pour cette femme libre et généreuse, ce retour nécessaire s’est fait ressentir après les attentats de 2015. « J’ai été bouleversée. Moi qui aime et connaît ces cultures arabes, j’ai voulu rappeler que l’on ne pouvait pas faire d’amalgame, qu’il n’y avait pas uniquement de la violence mais de la poésie, de la beauté, de la douceur. Il y a toujours une méconnaissance de ces cultures, un problème qui n’est pas résolu depuis la décolonisation. On a juste gardé sur elles un regard surplombant ».

Des femmes esclaves

Pour narrer cette histoire, Jacqueline Caux est remontée dans le temps. « J’ai fait beaucoup de recherches. Pendant cette période, je suis tombée à la renverse lorsque j’ai découvert le parcours de femmes remarquables au VIIIe siècle qui avaient des positions importantes au sein de la société. Elles vivaient à Médine. Parce qu’elles étaient esclaves, elles avaient le droit de chanter devant des hommes. C’est un vrai paradoxe : ces femmes ont pu exprimer leur talent alors qu’elles n’auraient jamais pu le faire si elles avaient été libres. L’une d’elles, Djamila, compositrice, a été la première à fonder un conservatoire où elle apprenait à chanter et une formation avec 150 femmes qu’elle a emmenées jusqu’à La Mecque pour le premier festival ».

Wallada est aussi une bad girl du XIe siècle. Poétesse libre, elle osait « aborder le bonheur érotique et la joie physique. Elle a eu plusieurs amants et ne s’est jamais mariée ». Pas un tel film sans un portrait de Oum Kalthoum qui a commencé à chanter en étant déguisée en homme. « C’était une vraie rebelle avec un talent immense ». Jacqueline Caux a bien connu Warda El Djezaira. « Elle a commencé à chanter au moment de la guerre d’Algérie. Son mari lui a interdit d’exercer son art. En 1972, Boumédiène (président de l’Algérie, ndlr) vient la chercher pour qu’elle chante lors des 10 ans de l’indépendance. Son mari ne voulait et lui a dit : si tu y vas, je te répudie et tu ne verras plus tes enfants. Elle a chanté et est partie en Égypte ».

Un caractère trempé dans l’acier

Jacqueline Caux est partie tourner dans le désert de Bardenas, à Cordoue, en Tunisie et en Égypte où elle a rencontré Soska, jeune rappeuse, « merveilleuse et complètement indépendante. Elle a dû lutter contre sa famille et faire une grève de la faim pendant quinze jours. Je l’ai filmée dans sa chambre à Alexandrie. Elle a compris comment fonctionnent les réseaux sociaux. Les gens la suivent, lui donnent de l’argent pour qu’elle puisse répéter, payer sa musiciens, enregistrer ».

Le film, entre images réelles et dessins de Samira Ghotbi, retrace le parcours de toutes femmes intrépides qui ont payé et payent aujourd’hui très cher leur liberté. « Elles ont toutes un caractère trempé dans l’acier ». Certaines sont même allées jusqu’à mettre leur vie en danger pour imposer une parole et une poésie.

Infos pratiques

  • Jeudi 17 septembre à 20 heures au 106 à Rouen. 
  • Projection gratuite en présence de Jacqueline Caux
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com

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