Les festivals : un cadre aux contours encore flous

par | 24 mars 2021 | covid-19, Vie culturelle

Avec le printemps arrivent les festivals… La crise sanitaire entraîne aussi un bouleversement du calendrier et des formes des événements. Cette année encore, ce sont la prudence et les interrogations qui dominent.

Pas de Spring en 2020. Le premier confinement avait mis un arrêt brusque au festival de La Plateforme des 2 pôles cirque en Normandie seulement cinq jours après le lancement. Pas de Spring non plus en 2021 dans sa forme imaginée mais un format spécial. Plusieurs spectacles sont cependant à découvrir sur les réseaux sociaux à l’issue des résidences menées au cirque-théâtre à Elbeuf et à La Brèche à Cherbourg. Quand aux Pluriels, La 24e édition, portée par l’association Art&Fac, a été écourtée après l’instauration d’un troisième confinement le week-end dernier. 

Quelle sera la suite ? Pour les prochains festivals inscrits au calendrier au printemps et pendant l’été, la prudence est la ligne directrice. Certains ont déjà annoncé l’annulation de leur manifestation, comme l’Archéo Jazz à Blainville-Crevon ou encore Ça sonne à la porte à Grossœuvre. « Le festival est trop compliqué à organiser et les contraintes nous font trop éloignés de son ADN. D’autant que la situation n’évolue pas dans le bon sens. Je sais que la préfecture ne donnera jamais l’autorisation d’avoir une telle manifestation réunissant 5 000 personnes sur son territoire ». Pour Jérémi Tomczyk, directeur de Ça sonne à la porte, la décision a été difficile à prendre. « Cela fera deux années sans festival. C’est triste ».

Trois choix

L’annulation est un des trois choix offerts par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Les deux autres sont une adaptation ou une proposition d’un projet artistique alternatif. Autres contraintes : la jauge est limitée à 5 000 personnes sur un même site et chaque spectateur ou spectatrice devra être assis, tout en respectant une distance suffisante.

Julien Sauvage se veut optimiste et préfère adapter son festival aux conditions particulières du moment. « Nous avons senti le coup venir. Un événement avec plusieurs milliers de personnes était difficilement envisageable. Nous avons réfléchi à une autre alternative afin de ne pas avoir une autre année blanche. Ce n’est pas seulement une question de financement. C’est important pour l’équipe et les bénévoles d’avoir un projet à conduire ».

Le directeur du Cabaret vert à Charleville-Mézières fait partie des organisateurs et organisatrices d’événements culturels à réfléchir sur cette saison festivalière. « J’ai été convaincu par la prise de parole. Dans le contexte, il est difficile de faire des promesses. Je n’ai pas eu l’impression qu’elle bottait en touche ou faisait de la calinothérapie. Aujourd’hui, ce n’est pas la peine de tirer sur l’ambulance. Il y a une situation qu’elle ne maîtrise pas parce qu’il n’y a pas de visibilité de ce que sera le monde dans quelques mois. Il y a cependant un cadre, une base sommaire pour travailler. La ministre veut des festivals et appelle à la constructivité ».

De nouvelles formes

Un cadre est certes fixé mais les contours restent trop flous. Il reste une inconnue. « La date n’est pas fixée quant à la mise en œuvre de ce cadre. Les questions logistiques que cela pose sont quand même importantes. Il reste les problèmes de la restauration, des sanitaires… Installer 5 000 personnes assises avec une distanciation demande un gradin d’au moins 10 000 places. C’est une petite ville ! Pour certains festivals, cela résout quelques problématiques. Pas pour les musiques actuelles. Ce n’est pas une réponse tout à fait satisfaisante », estime Jean-Christophe Aplincourt.

Dans ce contexte, « c’est difficile à gérer », indique le directeur du 106 et de Rush à Rouen qui constate également que « le taux de confiance des spectateurs est abîmée. Ce n’est pas simple de vendre des billets aujourd’hui ». Rush ne se déroulera pas dans sa configuration habituelle. Tout comme Viva Cité à Sotteville-lès-Rouen. En ce qui concerne Les Terrasses du jeudi, Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, va « essayer de les organiser ».

Enrique Thérain maintient les Musicales de Normandie « aussi pour les artistes. Il faut jouer. Ce sera possible avec de petites formes ». Le directeur du festival sait qu’il prend un risque. « Il y a de grandes chances que ce soit avec des distanciations. Ce sera alors avec 40 % de billetterie en moins. Dans ce cas, il faudra que l’État assume. Jusqu’à présent, l’enveloppe n’est pas suffisante ». La ministre a en effet annoncé la création d’un fonds de 30 millions d’euros pour la mise en place de formats alternatifs, quelles que soient les esthétiques, et un fonds de 15 millions d’euros pour les captations.

  • photo : G. Barkz (Unsplash)

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