Manu Lanvin : « La nature m’a privé de la chose qui me rend le plus heureux »

par | 26 juin 2020 | Concert

Le principe du drive-in : le public assiste à une séance de cinéma assis dans sa voiture. La Traverse à Cléon décline cette forme pour la musique et propose un concert de Manu Lanvin, accompagné de The Devil Blues, dimanche 28 juin à Tourville-la-Rivière. Entre la salle et l’artiste, il y a des liens forts. Manu Lanvin est un habitué de La Traverse. Le guitariste et chanteur qui enregistre un album avec son père, l’acteur Gérard Lanvin, a trouvé sa voie dans le blues pour raconter les affres de la vie et revisite à sa manière les classiques du genre. Entretien avec Manu Lanvin.

Comment avez-vous vécu ce confinement ?

Au début, j’étais, comme tout le monde. J’observais. Sans ligne d’horizon, il était difficile de se projeter. À la demande de plusieurs personnes, j’ai proposé un Facebook live. J’en ai fait un rendez-vous quotidien après maintes réflexions. Et ces rendez-vous ont eu un énorme succès. Je me suis rendu compte que je remplissais ma mission de musicien. J’ai rendu des gens heureux. J’ai contribué à leur bien-être à un moment de la journée. La musique a cette vocation de rendre les gens heureux et de les débarrasser de tous ces trucs qui viennent polluer leur vie le temps d’un concert.

Comment jouer devant un écran ?

Je n’avais jamais fait cela. Pour ces concerts, je n’étais pas entouré de mes musiciens. Il n’y avait pas la mise en lumière, le sound system. Dans les salles, nous savons que nous pouvons bénéficier d’un chouette équipement. Pour ces concerts, j’avais l’impression d’être dans mon salon avec presque une ambiance de feu de camp.

Mais sans le retour du public ?

Rien ne remplace le live. La nature m’a privé de la chose qui me rend le plus heureux. Si on devait donner uniquement des concerts en streaming ou fermés, j’irais me réfugier dans mon studio ou j’ouvrirais une pizzeria. C’est très frustrant de ne pas avoir les retours du public. Je fais ce métier pour le lien qui se noue avec lui.

Comment avez-vous imaginé ce Drive-in avec La Traverse ?

Je n’ai rien prévu. En fait, au début, j’y allais à reculons. Je ne me voyais pas trop jouer devant des voitures qui klaxonnent lorsque l’on vous applaudit. On le sait : les jeunes allaient au Drive-in pas beaucoup pour regarder des films mais pour échapper aux parents et flirter. Néanmoins, pour chaque tournée, nous faisons une escale à La Traverse. Nous avons vécu la même histoire ces derniers mois. Alors, j’ai accepté mais je n’ai rien préparé de particulier.

Est-ce que ces mois de confinement ont été propices à l’écriture ?

Il y a une chose que je dis dans les chansons : nous sommes tous liés sur cette terre. Nous ne faisons qu’un. Je n’arrête pas de le dire. Ce petit virus nous montre que nous sommes tous logés à la même enseigne quels que soient nos centres d’intérêt, nos spiritualités, nos cadres économique et social. Je le dénonce sans cesse : nous sommes complètement à côté de la plaque. Je ne sais pas ce qui va sortir de cela. Tant que je n’ai pas repris une activité normale, je ne peux pas dire.

Aujourd’hui, vous enregistrez avec votre père, Gérard Lanvin.

Le confinement a permis cela. Nous étions tous les deux à Paris et nous en avons profité pour travailler sur ce projet commencé depuis longtemps. J’ai mis en musique ses textes écrits sur des blocs. Nous avons composé un premier morceau, puis un deuxième. Cela fait maintenant un album. C’est quelque chose qui nous tenait à cœur mais nous ne trouvions pas le temps d’être ensemble. J’avais vraiment envie de mettre en lumière la parole de mon père.

Où est la singularité de cette parole ?

Il traite de sujets un peu personnels. Il y a une première chansons les violences conjugales. Ses mots sont assez anguleux, bruts de décoffrage. Mon père n’est pas un poète mais le phrasé de ces mots sont chargés de poésie. Je trouve que que ses écrits sonnent dans sa bouche.

Est-ce qu’il a fallu effacer une certaine pudeur — celle que l’on peut avoir vis-à-vis de son père ?

Il a été comme un acteur au service d’un metteur en scène. Il y a eu une confiance mutuelle. Je lui ai dit que le but n’était pas de faire de lui un Frank Sinatra. Nous avons réussi quelque chose de bien.

Infos pratiques

  • Dimanche 28 juin à 18 heures sur le parking du Leroy Merlin à Tourville-la-Rivière
  • Première partie Hot Slap
  • Tarifs : 10 €, 5 € pour les moins de 12 ans
  • Réservation au 02 35 81 25 25 ou sur www.latraverse.org
  • photo : Manu Lanvin © Éric Martin

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