Pendant trois ans, l’un est allé s’inspirer des ambiances de la côte ouest des États-Unis et l’autre a poursuivi une vie de groupe avec The NoFace. Il était temps pour Mat Bastard et Yan Stefani de se retrouver au sein de Skip The Use pour écrire une suite à Can be late et Little Armageddon. Past & Future est sorti en octobre 2019. L’énergie des deux amis complices est restée intacte. La rage aussi. Tout comme cette envie de ne pas choisir entre rock, pop, punk, electro… Il y a tout cela dans ce Past & Future, le premier album auto-produit de Skip The Use. Le groupe est vendredi 15 novembre au 106 à Rouen. Entretien avec Mat Bastard.

Vous avez intitulé votre album Past & Future. Quelle place accordez-vous au présent ?

C’est compliqué de parler du présent. Quand on en parle, c’est déjà le passé. Quand on l’appréhende, on est dans le futur. Le présent, c’est une passerelle. C’est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, se créer de nouveaux objectifs. À cette étape de notre parcours, nous avons un passif et, en même temps, un avenir. On a encore envie d’aller quelque part. Pour cela, il faut savoir prendre du recul.

Faut-il être dans le présent pour écrire ?

Je pense être dans le présent. Surtout de nos jours, le présent est capital. Je me souviens quand j’étais gamin, on nous parlait beaucoup du futur. On nous disait que les voitures voleraient. Aujourd’hui, on n’évoque plus le futur avec les gamins parce qu’il fait peur. On est aujourd’hui centrer sur le présent. C’est difficile de se projeter.

Est-ce que le futur vous inquiète ?

Non, le futur ne m’inquiète pas. Le futur collectif passe par des remises en question personnelles. Il faut se demander ce que chacun peut faire pour que, collectivement, on peut vivre un futur ensemble. Ce n’est pas facile de construire une fiction ensemble sans regarder uniquement son propre intérêt dans une société trop basée sur soi, où chacun veut montrer son drapeau, mettre en avant sa chapelle. Il ne faut pourtant pas oublier que nous sommes tous dans le même bain. Peut-être trouverons-nous une solution durable en allant vers les autres, en montrant que l’on existe et que l’on grandit.

Est-ce que la musique détruit les chapelles ?

Quand on regarde la télé, on se rend compte que certains bataillent pour garder leur bout de steak. Ceux-là vont chercher chez l’autre la source de tous les problèmes. C’est tellement plus facile. Mon regard d’artiste est tout autre. Lors des concerts, nous voyons le public danser, chanter ensemble sans se demander si le voisin ou la voisine a la même couleur de peau ou la même religion. La musique est un rempart contre la haine. Elle réveille la part humaine de chacun.

Est-ce que vous regrettez un passé ?

Non, je ne regrette pas mais je regarde beaucoup le passé. Cela permet d’apprendre de ses erreurs et d’avancer. L’histoire, l’histoire de l’humanité m’intéressent. C’est important de comprendre comment nous en sommes arrivés là. Il y a des éléments déterminants du passé qui nous permettent de comprendre la géo-politique, les relations entre les peuples.

Infos pratiques

  • Vendredi 15 novembre à 20 heures au 106 à Rouen.
  • Première partie : Biceps B
  • Tarifs : de 28 à 10,50 €.  Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com