Du théâtre et aussi de la chanson… Le festival Up Town accueille samedi 29 avril au théâtre des Bains-Douches au Havre Mendelson. Le groupe emmené par Pascal Bouaziz s’est « lancé » dans la politique. Pour la première fois, il a sorti un disque de reprises. Pas n’importe lesquelles. Seulement des chansons politiques. Sciences politiques réunit Robert Wyatt, Sonic Youth, Jean Ferrat, Marvin Gaye, Lou Reed, Bruce Springsteen… Mendelson n’interprète pas tous ces titres comme leurs auteurs. Pascal Bouaziz les a traduits ou réécrits pour leur donner une résonnance et une force contemporaines. Tel un véritable programme politique, Sciences politiques évoque Les Peuples, Le Capitalisme, La Carrière, La Liberté… Entretien avec Pascal Bouaziz.

 

Êtes-vous un passionné de politique ?

La politique fait partie de mes interrogations. Faut-il voter ou pas lorsqu’aucun candidat porte vos idées ? Qu’est-ce qu’un vote utile ou inutile ? Ce sont plein de questions qui m’ont agité ces dix dernières années. Je ne suis pas un militant mais j’ai toujours eu une activité de réflexion. J’ai des engagements citoyens et non politiques.

Qu’est-ce qui nourrit cette réflexion ?

Il y a l’actualité, la radio, tous les matins. Il y a une espèce de réflexe de déconditionnement de l’actualité française qui ne met en colère. On peut célébrer un bombardement et en dénoncer un autre. Tout part d’une sorte de stupeur qui motive une réflexion. Il y aussi les rencontres, les débats dans les établissements scolaires. Les ateliers d’écriture font partie de mes engagements. Je suis allé dans un collège à Bobigny. Là, j’ai découvert à quel point la France des vingt prochaines années est en perdition. Cela a motivé l’écriture de cet album. Toutes ces chansons, je les travaillais depuis longtemps. Je les traduisais par goût, par plaisir. Toutes celles qui parlaient d’amour ou d’autres sujets me sont tombées des mains. Pour moi, il y avait une urgence politique.

Pourquoi ?

J’ai côtoyé des professeurs qui rencontraient de grandes difficultés à travailler. Il y avait aussi le paysage aux alentours, le camp des Roms près de la bretelle d’autoroute, l’arrivée d’une nouvelle majorité politique coupée de préoccupations humanistes dans ces quartiers.

Qu’avez-vous appris avec les enfants ?

Avec eux, je me suis rendu compte de la perte du langage. Depuis plusieurs années, on organise l’appauvrissement de la langue pour diminuer l’énergie des gens parce que la langue développe la pensée politique. On a peur qu’ils se révoltent et que cette révolte se retourne contre le pouvoir. Je suis intervenu à l’époque des premiers attentats. Je pense que l’on n’a pas mesuré à quel point ces événements n’ont pas été un choc pour ces enfants, brillants, touchants. Pourtant, ils auraient dû être choqués, traumatisés. Pour eux, c’était l’assassinat des autres. Ils se demandaient même pourquoi on les dérangeait avec la mort de ces journalistes. Pendant cet atelier, je pense que nous avons sauvé des vies.

Pourquoi faites-vous la différence entre chanson politique et chanson engagée ?

Le doute est fondamental. Je ne suis jamais sûr de ce je pense, ce que je crois. En fait, je ne sais jamais. La chanson engagée instille de la certitude. Elle distribue une pensée. C’est de la réassurance. Quant à la chanson politique, elle est emprunte de doute. Elle surprend, bouscule, déstabilise. On revient différent après son écoute.

Vous avez traduit ces chansons. Est-ce un exercice difficile ?

C’est un travail de traduction. Il y avait un enjeu supplémentaire : je ne voulais pas rester fidèle à ce qui était écrit mais adapter le texte à la situation française d’aujourd’hui. Si je prends une chanson des années 1960 sur les hippies américains, je ne vais pas faire ressortir le flower power. Cela ne m’intéresse pas. En revanche, je récupère cet héritage pour le transmettre. Tout cela faisait sens pour moi dans la manière de voir le monde contemporain.

Comment s’inscrit cet album dans la discographie de Mendelson ?

Nous ne refaisons jamais de fac-similé. Sciences politiques a un sens dans notre discographie. C’est une sorte de palimpseste. Chaque chanson est un chapitre d’un livre.

Avec de tels titres, c’est presque un programme électoral.

C’est l’idée.

Vous allez chanter entre les deux tours de l’élection présidentielle, un moment particulier.

Nous serons en effet entre les deux tours, et aussi avant les législatives et d’autres combats politiques. Je pense qu’il y aura une tension palpable. Ces concerts ne vont pas être des concerts normaux. Nous n’allons pas faire comme d’habitude. Il va falloir trouver une manière différente, juste d’être sur scène.

 

  • Samedi 29 avril à 20 heures au théâtre des Bains-Douches au Havre. Tarifs : 10 €, 8 €. Réservation au 02 35 47 63 09.