Dans les albums de Miossec, il y a toujours des blessures, des tourments, des désillusions, des incendies. Le 11e album, Les Rescapés, révèle quelques notes d’un optimisme modéré, invitant à danser malgré tout. L’écriture de Miossec est toujours aussi incisive. Sa musique a été composée pour la scène et renvoie dans les années 1980. Les Rescapés est un disque vibrant, charnel, entre tension et lumière. Miossec est en concert vendredi 29 mars au 106 à Rouen. Entretien.

Votre album révèle une urgence dans l’écriture. Une manière que vous connaissez bien puisque vous avez été journaliste. Y a-t-il un lien ?

Oui, l’écriture part de là. De cette façon, je n’ai pas le luxe d’avoir l’angoisse de la page blanche. Je ne l’ ai jamais eu d’ailleurs. Je rends toujours mon papier en temps et en heure. Mes textes sont le plus souvent écrits d’un jet. Quand l’écriture n’est pas immédiate, ce n’est pas très bon en général. Je perds le fil

Les chansons sont alors des fulgurances.

Ce n’est que ça et c’est pour cette raison que les chansons peuvent arriver à n’importe quel moment, n’importe où et n’importe comment. Il y a une fulgurance dans ce que l’on veut exprimer. Ça bouillonne dans la tête.

Vous sillonné la France depuis 25 ans. Est-ce que vous avez gardé ce regard de journaliste ?

Oui, je pense. À force de tourner dans des endroits qui ne sont habituels, dans cette France que certains appellent de troisième catégorie, je l’ai vue décliner. En 25 ans, elle a changé. Dans les centres villes, les magasins ont fermé. On voit bien que ces territoires ne vont pas bien économiquement. On voit aussi les changements dans les campagnes. Celles du Front National. Pourtant, ce n’est pas la carte de l’immigration. C’est un mécontentement. On a l’impression que les choses se sont disloquées.

Lors du grand débat national, la culture n’a été oubliée. Qu’en pensez-vous ?

La culture n’est plus un sujet. Les politiques savent bien qu’ils ne gagneront pas des élections avec la culture. Elle est devenue annexe. La société déconne là-dessus parce que c’est sa colonne vertébrale. Aujourd’hui, elle est un truc de classe moyenne supérieure. On voit bien qu’il y a une frange de la population qui ne va plus au concert. Il y a 25 ans, les gens étaient moins dans la merde. Quand vous êtes une famille avec 4 enfants, c’est un vrai budget. Les gens regardent la télé. Avec France Télévisions, on condamne le pays parce que la culture d’État est niaise.

Écrire une chanson, c’est se confronter à soi-même ou aux autres ?

C’est un peu les deux. Il y a une envie de donner tout en espérant que ce soit reçu, qu’un sentiment soit reçu, que cela puisse faire caisse de résonance. C’est ce qui conforte. Mais on sait très bien que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. On est toujours en sursis.

C’est aussi pour cela que vous avez choisi ce métier ?

Oui, c’est rigolo, sportif… C’est agité.

Est-ce qu’il faut se réjouir d’être des rescapés ? Ce peut être une version optimiste de l’histoire.

Oui, complètement mais cela n’empêche pas qu’il y a d’autres tempêtes à venir.

Est-ce près de la mer que vous avez trouvé le meilleur refuge ?

oui, c’est mon endroit de repli. Je vis dans deux mondes différents. Il n’y a que là que je peux écrire. En tournée, c’est impossible.

Est-ce que vous avez gardé une part d’insouciance ? Vous écrivez : on vit comme s’il n’y avait pas de fin.

Oui, cette part est indécollable. Elle ne veut pas partir. L’insouciance est indispensable pour écrire. Je ne peux pas être abattu. Je n’aurais jamais pu faire ce métier si j’avais été dépressif. Il faut créer une distance entre ce que l’on ressent et ce que l’on écrit.

Infos pratiques

  • Vendredi 29 mars à 20 heures au 106 à Rouen.
  • Tarifs : de 24,50 à 15,50 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
  • Première partie : Lesneu