Il a été l’un des premiers danseurs et chorégraphes à emmener le hip-hop au-delà de ses frontières. Mourad Merzouki l’a nourri de danse contemporaine, de cirque et de multiples cultures. En vingt ans, il a fait de Käfig une compagnie incontournable dans le milieu de la danse avec plus de 30 créations présentées dans 60 pays. En 2016, la compagnie Käfig a eu en effet 20 ans. Un bel âge qui appelait une fête d’anniversaire. Mourad Merzouki a réuni les danseurs emblématiques de sa troupe qui ont écrit avec lui cette histoire. Cartes blanches est à l’affiche mardi 1er octobre au Tangram au théâtre du Grand Forum à Louviers. Entretien avec l’artiste, devenu en 2009 directeur du centre chorégraphique national de Créteil et Val-de-Marne.

Pourquoi était-ce important pour vous de fêter les 20 ans de la compagnie ?

La compagnie, c’est un rêve de gosse. Quand nous avons commencé, l’histoire était basée sur des rêves, sur l’espoir de faire partager la danse avec le plus grand nombre. Au tout début, nous pensions tenir pendant six mois, peut-être un an. Nous n’avions jamais imaginé souffler 20 bougies. C’est un métier fragile. D’autant plus dans le monde du hip-hop, considéré comme un mouvement éphémère. Cette danse continue sa route.

Et elle ne le fait pas seule. Vous avez très tôt souhaité l’ouvrir à d’autres danses.

C’était une démarche qui me tenait à cœur dès le départ. Nous étions dans la rue à interpréter une danse spontanée, généreuse. Quand on travaille une chorégraphie, on se remet toujours en cause. On se demande comment faire évoluer son vocabulaire. Pour cela, il faut la bousculer, lui faire prendre des risques.

Pour raconter cette histoire, vous avez fait appel à d’anciens danseurs de la compagnie.

Ce sont des danseurs qui ont fait un bout de route avec moi. Pour certains, ils ont la cinquantaine. D’autres sont plus jeunes. Quand nous avons commencé, nous avions du mal à imaginer que nous danserions encore à cet âge. Nous regardons le corps autrement. C’est important de ne pas être seulement à l’endroit du spectaculaire. 

Est-ce aussi une manière de montrer que le hip-hop est une aventure humaine ?

C’est effectivement avant tout une aventure humaine. Nous ne sommes pas sortis de conservatoire ou d’école de danse. Nous étions juste des gamins avec des rêves. C’est passionnant. C’est vraiment une histoire de personnes, un projet de vie. Tout cela dépasse l’aspect artistique et nous a animés pendant des années.

La compagnie a 20 ans. Quelle réflexion menez-vous sur la mémoire des corps ?

Quand nous avons commencé à travailler sur cette carte blanche, il y avait des réflexes qui revenaient. Comme s’il y avait une mémoire des mouvements, une gestuelle qui était là. J’ai trouvé cela intéressant de partir de ces mouvements et de les remettre au service d’une chorégraphie. Les danseurs vont marquer de leur gestuelle, de leur danse à un endroit précis de cette création.

Pourquoi ne dansez-vous pas avec eux ?

J’ai hésité. Bien sûr, ils m’ont titillé. Depuis que je suis à Créteil, je suis beaucoup sollicité à plusieurs endroits et j’ai pris moins de temps pour moi, pour ma danse. Cela a été dur à accepter. J’ai trop peu de temps. Je suis dans un tourbillon. J’accompagne la relève et cela me plaît beaucoup. Les occasions pour danser sont encore là pour des événements ponctuels.

Quels sont vos rêves pour les prochaines années ?

Nous continuons toujours à rêver, à partager des émotions avec le spectateur, à faire que cette danse soit toujours accompagnée, reconnue. Même si un grand pas a été fait ces dernières années. Il y a encore du travail à effectuer. On a encore l’impression que tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre. C’est ce qui nous anime et nous pousse à créer. Il faut donner confiance à nos jeunes dans les quartiers pour leur passer le relais.

Infos pratiques

  • Mardi 1er octobre à 20 heures au théâtre du Grand Forum à Louviers.
  • Tarifs : de 16 à 5 €.  Pour les étudiants :  carte Culture.
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com