Ousmane Sy : « Queen Blood, c’est le sang de la fierté »

par | 10 février 2020 | Danse

Avec sa compagnie Paradox-Sal, composée uniquement de danseuses, Ousmane Sy a entamé une recherche esthétique sur la house dance et l’afro house. Cette grande figure de la danse hip-hop porte un regard sur sa philosophie, sa gestuelle, son énergie. Présenté mercredi 12 et jeudi 13 février à L’Étincelle à Rouen, Queen Blood questionne la féminité, la virtuosité et la singularité. Entretien avec Ousmane Sy.

Queen Blood arrive après Fighting Spirit, premier volet de votre projet, All 4 House. Quel a été votre parti pris ?

C’est une évolution. Fighting Spirit a été une première ébauche. Avec Queen Blood, nous avons voulu progresser au niveau de la technique, dans notre manière d’aborder la musique. Les interprètes sont passées d’un état de jeunes filles à celui de femme. Cela questionne une gestuelle, une individualité, une maturité. Nous assumons le fait que cette culture du club soit sur un plateau.

Qu’aimez-vous particulièrement dans cette danse, la house ?

J’aime sa diversité. Dans les clubs, les boîtes de nuit, il y a toujours des personnes qui dansent — elles le dont toutes de manière différente — et qui ne dansent pas.Toutes sont là pour partager un moment de musique, pour partager un verre, draguer… La musique devient alors un langage commun à toutes ces personnes qui ont des parcours divers et ne se connaissent pas.

Vous avez toujours marié la house à la danse africaine. Pourquoi ?

Pour moi, c’est une continuité, une évolution des traditions. Tout cela a un rapport avec les personnes qui voyagent. Mes parents sont nés en Afrique. Ils sont venus faire leurs études en Europe. Moi qui suis né en France, je suis à cheval entre deux cultures. Et j’ai aussi voyagé aux États-Unis. Au départ, il y a une perception inconsciente de ce mélange qui devient peu à peu conscient. C’est tout un background. C’est de cette manière que je vois la danse. Elle permet de rencontrer des gens, d’avoir un langage commun, de s’exprimer avec une gestuelle qui n’empêche pas de constituer un corps de ballet.

Le corps de ballet reste un notion importante pour vous.

Oui, c’est une notion importante. Nous sommes ensemble. La chorégraphie donne une loi, permet de montrer ce que nous sommes capables de faire. C’est l’esprit du club.

Comment parvenez-vous à créer une unité ?

Une proposition chorégraphique commence toujours par des échanges. Rien n’est prémédité. Je parle beaucoup avec les interprètes pour aller puiser les émotions. Je connais très bien les interprètes de Paradox-Sal. Nous nous côtoyons tout le temps. Il n’est pas possible de parler des femmes sans les mettre dans la boucle. Queen Blood est aussi ma vision de la femme. Avec les danseuses, nous avons écrit un spectacle de femmes dans une réalité. Tout se dit par le mouvement. Avec la musique, on amène une sensibilité. À un moment, comme dans toutes les soirées, on est obligé de se lâcher. On part de la musique et on vous ramène au cœur de cette musique.

Quel statut a la musique selon vous ?

C’est toute ma question. La musique questionne sur ce que nous voulons en faire. Tout dépend où l’on se trouve. Ce ne sera pas la même chose si vous êtes à Ibiza ou à Soweto. Dans ces deux lieux, vous ne dansez pas de la même manière.

Quel sang circule dans Queen Blood ?

C’est du sang noble. Queen Blood, c’est le sang de la fierté qui permet de surmonter toutes difficultés, d’assumer ce que nous sommes, d’avoir cette dignité dans la vie. Dans Queen Blood, ces danseuses sont fortes. Elles ne sont pas des divas. Elles ont surmonté des tempêtes et vont chercher un appui dans ce corps de ballet.

Infos pratiques

  • Mercredi 12 et jeudi 13 février à 20 heures à la salle Louis-Jouvet à Rouen. 
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 12 février
  • Première partie : extrait de Et alors de la compagnie P3 jeudi 13 février
  • Tarifs : de 16 à 3 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 98 45 05 ou sur www.letincelle-rouen.fr

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