Pascal Danaë : “Nous n’avons pas le poing levé mais la main tendue”

par | 23 juillet 2021 | Concert

L’exil, le déracinement, le racisme… Pascal Danaë revient à des thèmes qui lui sont chers. Dans ses textes, il y a en filigrane son passé, l’histoire de son père, décidé à quitter la Guadeloupe pour venir travailler sur le continent. C’est en 1958 au Havre qu’il a débarqué. La famille a traversé l’océan Atlantique quatre ans plus tard. C’est au Havre aussi, sur le port, qu’il a tourné le clip de 4 Ed Matem, le premier single du deuxième album de Delgres, 4:00 AM, sorti en mars 2021. 4 heures du matin est l’heure à laquelle « les héros invisibles » se lèvent pour aller travailler. Le trio raconte les souffrances et les incompréhensions face à un monde injuste, en créole et en anglais, sur un rock dansant. Entretien avec Pascal Danaë avant le concert dimanche 25 juillet lors des MoZ’aïques au Havre.

Vous revenez au Havre, le lieu où a débarqué votre père en 1958. Quel souvenir avez-vous de cette ville ?

J’ai adoré l’endroit, les jardins suspendus, où nous avions joué. Il est juste super beau. Je ne connais pas encore bien la ville. C’est en parlant avec les gens, au-delà de ce jardin, que j’ai pris conscience que cette ville a un passé et une culture et que j’ai pu faire le lien avec l’arrivée de mes parents au Havre. J’ai ressenti ce lien et cette chose qui vous mettent le doigt, pour une raison ou une autre, sur une partie de votre histoire. Jusqu’alors, je n’y avais pas prêté beaucoup plus d’attention. Ce fut une porte d’entrée. Ce point sur la carte est devenu plus gros.

Vous avez choisi de tourner deux clips, dans le port et dans le Magic Mirrors.

Il y a des tas de choses qui m’appellent, des personnes qui me parlent avec beaucoup de passion. J’écoute tous ces signaux et je veux aller fureter. Tout cela a l’air naturel parce que c’est lié à mon histoire et à mes valeurs.

Ces valeurs, très présentes dans le premier album, se retrouvent dans 4:00 AM.

Nous parlons toujours de résilience, de combat, de justice, d’humanité, de ces personnes se mettant du côté des petites gens qui subissent les décisions politiques. Nous aimons nous placer à cet endroit. Nous n’avons pas le poing levé mais la main tendue. Nous n’oublions pas qu’il y a toutes ces personnes invisibles qui fait que tout peut fonctionner. Ce sont des petits héros.

C’est leur histoire dans 4 Ed Matem.

C’est l’histoire de mon père. Quand il est arrivé en France, il était manutentionnaire à Argenteuil. Il se levait à 4 heures du matin pour aller travailler. Il me disait : ce n’était pas facile mais j’ai fait ce que j’avais à faire. Il venait de la Guadeloupe et arrivait sur le continent en pleine guerre d’Algérie. C’est une histoire touchante. Cette vie que partagent beaucoup de gens demande un courage énorme, de l’abnégation.

Est-ce qu’il y a aussi de la résignation ?

Non, je pense qu’il n’y a pas ce sentiment de subir quelque chose. C’était davantage vu comme une opportunité. Ces personnes ont réussi à subvenir aux besoins de leur famille, à avoir et tenir leur place dans la société. Pour cette génération, c’était très important. 

Just Vote for me est un titre ironique. Est-ce envisageable pour vous de vous engager en politique ?

Nous aimons bien mettre en lumière toutes les contradictions. Nous savons que 95 % de ce qui est dit dans un discours politique ne seront jamais réalisés. Ces hommes et ces femmes continuent à faire des promesses qu’ils ne tiendront jamais et font néanmoins des carrières. Cela fait partie du jeu. Je vois cela comme un défilé, une parade de cirque avec ce côté racoleur. Non, je ne veux pas m’engager. J’aurais peur de me brûler les doigts. Je m’engage à mon niveau en écrivant des chansons. C’est cette manière qui me correspond le plus. Le rôle des musiciens est d’éveiller les consciences, de susciter une réflexion, un débat. Cela se fait de manière apaisée. Nous avons tous besoin de respiration, d’évasion. La musique et les autres arts sont là pour ça.

La crise sanitaire nous a privés de cette évasion.

Nous avons été privés d’une forme de culture. Il y a eu tout un tas de choses à faire sans sortir de chez soi grâce à différents outils. Durant toutes les périodes, il y a toujours eu de la musique. Rien ne peut arrêter l’imaginaire. Aujourd’hui, les choses renaissent.

Qu’avez-vous pensé de ce débat entre l’essentiel et le non-essentiel ?

Ce sont tellement des discours ringards sur la culture. Je peux comprendre que manger soit important. Je n’aurais pas aimé être à la place de celui qui a tracé cette ligne. J’ai regardé cela avec philosophie.

Infos pratiques

  • Dimanche 25 juillet à 20h30 aux Jardins suspendus au Havre
  • Tarifs : 10 €, 5 € pour deux concerts le soir, 5 €, 3 € un concert pendant la journée
  • Réservation sur france.billet.com
  • photo : Boby

La programmation des Mosaïques

  • Mercredi 21 juillet à partir de 20h30 : Ballaké Sissoko et Vincent Segal, Jupiter & Okwess
  • Jeudi 22 juillet à partir de 20h30 : Sam Mangwana, Cimafunk
  • Vendredi 23 juillet à partir de 20h30 : J.P. Bimeni & The Black Belts, Nojazz
  • Samedi 24 juillet à partir de 11 heures : Mario Canonge trio, Yaron Herman trio, Ladaniva, Mayra Andrade
  • Dimanche 25 juillet à partir de 11 heures : Renaud Garcia-Fons trio, Titi Robin, Delgrès, Will Barber

À lire également