Entre ces deux albums, May Day et Big Issues Printed Small, sorti en mars dernier, Peter von Poehl a fait des détours au cinéma. Il a en effet composé la musique de Main dans la main, un film de Valérie Donzelli, de Vanishing Waves, un long métrage de science fiction de Kristina Buozyte, multiplié les collaborations artistiques. Peter von Poehl, à la voix berçante, reste un fin mélodiste. Ses titres, pleins de grâce et d’élégance, transportent vers d’immenses espaces baignés de soleil et de mélancolie. Peter von Poehl joue jeudi 19 septembre au festival de Giverny.

 

 

 

 

 

 

Pourquoi avez-vous choisi un titre et un dessin énigmatiques pour illustrer ce nouvel album ?

Le titre vient du dessin de l’album. C’est un dessin de ma sœur qu’elle m’a prêté. Pour le premier album, c’est elle qui avait déjà réalisé tout le travail des flèches. J’aime beaucoup le côté industriel, rigoureux, et le côté bancal. Cette contradiction est très humaine.

 

Il est aussi très enfantin.

Oui et cela me plaisait aussi beaucoup. Il y avait là un rapport avec mes disques précédents où beaucoup de choses étaient improvisées. Pour cet album, au contraire, tout a été travaillé à l’avance. Cela a tout de même demandé trois ans. Quand nous sommes entrés en studio pour l’enregistrement, tout était prêt. Les partitions étaient écrites. Les 40 musiciens sont arrivés et nous avons tout enregistré en une seule journée. Dans cette façon de faire, il y a aussi quelque chose d’infantile, de capricieux.

 

Vous avez composé pour le cinéma. Vous piochez dans les dessins de votre sœur. Est-ce que les images vous influencent beaucoup ?

Les images m’ont toujours beaucoup influencé. Je suis d’ailleurs un amateur davantage d’images que de musique. Je vais plus voir des expositions, des films que je n’écoute de musique. Je n’ai jamais été un boulimique de musiques alors que je dévore les images. Ecrire pour le cinéma est un rêve d’enfant.

 

Comment vous influencent toutes ces images ?

Je suis à la recherche d’émotions que j’ai pu connaître et d’émotions que je n’ai pas encore connues. C’est aussi ce que j’essaie de transcrire dans mes chansons.

 

Est-ce que vous dessinez ?

Je dessine très mal. Et c’est encore pire pour la photo. Je suis d’ailleurs frustré. J’ai été assistant d’un photographe pendant un an et je me suis aperçu que je n’avais pas de talent pour cela.

 

Quand vous composez, avez-vous des images en tête ?

Vous avez raison d’évoquer cela. Un jour, quelqu’un m’a dit que mes chansons étaient comme des arrêts sur image. En fait, c’est assez juste. Même quand la musique s’arrête, les images continuent.

 

Le fait d’avoir travaillé très en amont a-t-il modifié votre manière de composer ?

Oui, carrément. Pour les deux disques précédents, j’ai essayé toutes sortes d’arrangements, j’ai tenté des choses avec les musiciens. C’était très improvisé. Pour celui-ci, j’ai travaillé avec un copain, Martin Hederos, clavier de The Soundtrack of our lives. Entre nous, il y a eu un jeu de ping-pong. Les chansons se sont nourries de mes idées et de ses réactions. Dans le processus de création, tout a été bouleversé.

 

A quel moment vous êtes-vous dit que l’album correspondait à vos envies ?

Je n’ai pas eu à me poser cette question. Le lendemain de l’enregistrement, je retravaillais les arrangements pour une autre formation. Pour la tournée, je joue avec un violoncelliste. Nous sommes seulement deux sur scène. Ce qui nous permet d’improviser. C’est assez marrant parce que nous nous adaptons au moment et au lieu dans lequel nous nous trouvons. Je prends vraiment beaucoup de plaisir.

 

Est-ce qu’improviser en concert vous donne l’élan pour composer tout de suite une nouvel album ?

Je continue toujours à écrire. C’est vrai, j’ai déjà une petite idée du disque dont j’ai envie. Avant cela, j’ai un projet de composition d’une musique pour une chorégraphie en Suède.

 

En danse, il y a aussi des images fortes.

Tout à fait. Je me souviens avoir vu à Paris un spectacle de William Forsythe. J’étais ressorti bouleversé.

 

  • Jeudi 19 septembre à 20h30 à la Ferme de Grande Ile à Giverny.
  • Première partie : Mesparrow
  • Tarifs : 21 €
  • Réservation sur www.festivaldegiverny.org

 

Plus d’infos sur www.petervonpoehl.com