Après Le Comte Ory, la saison dernière, Pierre-Emmanuel Rousseau revient à Rossini et à l’Opéra de Rouen Normandie. Le metteur en scène qui a grandi à Rouen porte cette fois son regard sur Le Barbier de Séville, une œuvre célèbre créée en 1816 au Teatro Argentina à Rome et aussi le premier opéra qu’il a vu à l’âge de 5 ans. La pièce est présentée du 27 septembre au 5 octobre au Théâtre des Arts à Rouen. Entretien avec Pierre-Emmanuel Rousseau.

Il existe de nombreuses versions du Barbier de Séville. Comment avez-vous appréhendé cette œuvre de Rossini ?

Quand l’Opéra de Strasbourg m’a fait cette proposition, j’ai trouvé cela assez intimidant. Voire pas très enthousiasmant. Il y a un tel background du Barbier de Séville. Notamment la mise en scène de Dario Fo qui est inoubliable. Je suis alors revenu à l’œuvre de Beaumarchais. Pendant le temps de la création, cela a été mon obsession. Le Barbier de Séville, c’est l’histoire d’une femme enfermée par des hommes. J’ai commencé par réfléchir sur une actualisation de la pièce mais cela ne marchait pas. Le texte raconte une période.

Est-ce une pièce sur la liberté ?

C’est une pièce totalement sur la liberté. Et le sujet est traité avec un certain cynisme. Le Barbier de Séville est l’éloge du libéralisme, du capitalisme. Figaro est un entrepreneur. Il s’organise seul. C’est un individualiste, un homme très vénal. C’est un peu un personnage rimbaldien. Nous avons travaillé physiquement le rôle. Sa veste est un patchwork de morceaux de tissus des costumes des autres personnages pour montrer qu’il est la synthèse de tous les autres.

Est-ce que Rosina est aussi une femme libre ?

Elle va devenir une femme libre. Elle n’a de cesse de vouloir devenir libre. Elle cherche à s’émanciper. Elle va se servir de cette histoire d’amour pour partir de chez Bartolo. Tous les soirs, elle attend l’homme qui va la sortir de là.  Il y a là de la tristesse que l’on peut retrouver chez Buñuel. Rosine fuit le machisme.

Est-ce que Le Barbier de Séville raconte la lutte des classes ?

Totalement. Cette œuvre est une critique de l’aristocratie.

Elle parle aussi de conflit de génération.

Complètement et à plusieurs endroits. Il y a Bartolo, le vieux docteur qui veut épouser sa jeune tutrice. Il y a aussi Basilio qui est un personnage d’avant Les Lumières, très archaïque.

Dans cette histoire, tous courent après le bonheur.

Je ne sais si c’est une course mais ils fuient tous quelque chose. Comme Rosina qui fait des tentatives désespérées pour pouvoir partir. Elle veut vivre. C’est un personnage très fort, moderne qui a 50 ans d’avance.

Toute une histoire

Le livret du Barbier de Séville a été écrit par Cesare Sterbini à partir de l’œuvre de Beaumarchais. Le Barbier de Séville s’appelle Figaro. Il est un garçon plutôt pétillant. Un matin, il rencontre le comte Almaviva en train de chanter sous la fenêtre de Rosina dont il est tombé amoureux. Or, le vieux docteur Bartolo, le tuteur de la jeune femme, a décidé de l’épouser. Figaro va alors trouver plusieurs subterfuges afin que le comte Almaviva rencontre Rosina et lui déclare sa flamme. À la fin, Bartolo devra bien approuver le mariage.

Une belle distribution

L’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, dirigé par Antonello Allemandi, accompagne Xavier Anduaga, Almaviva, Joshua Hopkins, Figaro, Riccardo Novaro, Bartolo, Mirco Palazzi, Basilio, Antoine Foulon, Florello, Julie Pasturaud, Berta. C’est Léa Desandre qui interprète le rôle de Rosina. Une première pour la mezzo-soprano, révélation artiste lyrique des Victoires de la musique classique 2017. « Rosina est une jeune femme intelligente, espiègle. Tout est écrit dans la musique de Rossini. On ressent les coquineries. C’est un rôle qui demande de la flexibilité, beaucoup de souplesse ».

Une retransmission gratuite

Comme pour Madame Butterfly la saison dernière, l’Opéra de Rouen Normandie propose une retransmission gratuite samedi 5 octobre à 18 heures en plein air place de la Cathédrale à Rouen et à La Halle à Louviers, au théâtre à Lisieux, à la Halle médiévales à Saint-Pierre-sur-Dives, au Quai à Argentan, à la salle de spectacle à Conches-en-Ouche, à L’Arsenal à Val-de-Reuil, au Rex à Dieppe, à l’Auditorium à Bagnoles-de-l’Orne, au Piaf à Bernay, à l’espace arts et cultures à Yquebeuf, aux Aux Arches Lumières à Yvetot, au Grand Large à Fécamp, aux Arts à Montivilliers, au Palace aux Andelys et Grand Mercure à Elbeuf.

Infos pratiques

  • Vendredi 27 septembre à 20 heures, dimanche 29 septembre à 16 heures, mardi 1er et jeudi 3 octobre à 20 heures, samedi 5 octobre à 18 heures au Théâtre des Arts à Rouen. 
  • Tarifs : de 68 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr
  • Introduction à l’œuvre une heure avant la représentation
  • Spectacle en audio description dimanche 29 septembre à 16 heures