Un livre écrit à quatre mains a été récompensé par le jury du Prix Matmut du premier roman 2015. L’Abeille noire de Thierry Conq et Ronan Robert fleure bon l’air du large. Les auteurs dédicacent leur ouvrage samedi 26 septembre à la Fnac au Havre.

 

abeille noire auteursAu lieu de récompenser des auteurs confirmés, la Matmut – dont le siège est à Rouen – choisit d’encourager les talents « débutants ou émergents » en publiant un « premier roman ». L’an dernier, le jury présidé par Philippe Labro avait distingué Laure Gerbaud pour son livre Racines mêlées dont l’action se situait en Afrique noire. Cette fois, c’est l’abeille qui est noire et c’est bien le seul point commun que l’on trouvera entre les deux livres.

 

 

Pour L’Abeille noire, les auteurs, Thierry Conq et Ronan Robert, ont choisi le mode du récit d’aventures classique. La fille d’un pauvre pêcheur est amenée à fuir et se met en tête de retrouver son frère disparu. Nous sommes en 1755 et la jeune Awen âgée de 15 ans, va devoir affronter bien des périls sur terre et sur mer car la demoiselle va quitter les côtes bretonnes pour Saint-Domingue. Et c’est sous le costume d’un homme qu’elle va tracer sa route. « Abandonnant les avirons, je sacrifiai solennellement au dieu de la mer mes habits de paysanne et ma longue chevelure de fille : trop renseignée déjà des malheurs qui planent sur mon sexe, et consciente désormais de mon destin de proscrite, j’avais résolu de prendre aussi longtemps que je pourrais l’apparence d’un garçon. » Mais, on s’en doute : la petite – qui va grandir dès lors singulièrement plus vite au gré des rencontres – a du cran et n’a pas quitté sa famille pour se laisser taquiner – et parfois plus – par l’un de ces bachi-bouzouks de grand chemin…

 

abeille noire okLe style est soutenu voire recherché tant il entend coller au XVIIIe siècle. Thierry Conq, Breton d’origine et Normand aujourd’hui, est professeur de lettres classiques et on peut aisément le deviner en lisant le livre qui n’est pas sans rappeler la tournure des contes de Voltaire. Des mésaventures, de la malice et tous les éléments d’un roman initiatique qui se lit avec plaisir ; y compris par des adolescents attirés par un souffle différent de celui de la littérature qu’on a tendance à leur concocter habituellement. « Avant que l’assaillant eût franchi les limites de la décence et de l’honneur, et découvert quel secret était le mien, je fis front. Jamais, je vous l’assure, chope d’étain ne vola avec autant de célérité vers la tête d’un homme. Voilà mon libertin renversé cul par-dessus tête, ruisselant de bière et de honte, hoquetant, sacrant, jurant. (…) et pour faire bonne mesure, [j’]ajustai un grand coup de botte dans l’entrecuisse de l’homme atterré – coup bas, je le confesse, dont le caractère douloureux fut attesté par un râle prolongé. »

 

L’Abeille noire, c’est aussi un hymne à la mer et à la liberté : « J’aime l’océan, cet espace si plein de l’absence des hommes. (…) C’est au large des autres que l’on pense le mieux, là où n’existent ni stratégies, ni dissimulations, ni alliances, ni complots. (…) En mer, on ne joue que du vent, et quand ce dernier nous chahute, on se fait humble et l’on réduit la toile. » Hardi, moussaillons ! Tous à bord !

 

H.D.

 

  • L’Abeille noire, par Thierry Conq et Ronan Robert, éditions Carpentier. 19,90 €. Chez les libraires à partir du 3 septembre.
  • Dédicace de L’Abeille noire par Thierry Conq et Ronan Robert, samedi 26 septembre à 15h, Fnac. Le Havre.