Amélie Bénard, danseuse professionnelle installée à New York, vient de terminer un stage de danse à Alizay dans l’Eure où elle a enseigné la technique de Martha Graham.  L’artiste qui a fait ses premiers pas à Limésy revient tous les étés dans le pays de Caux pour retrouver sa famille et partager sa passion.

 

A.Benard 06Martha Graham… Un sujet sur lequel elle est intarissable. Amélie Bénard a les yeux plein d’étoiles lorsqu’elle évoque le parcours de la danseuse et chorégraphe américaine (1894-1991). Elle admire cette femme moderne qui a rejeté les codes traditionnels du ballet et inventé un langage nouveau. Si inédit et novateur que Martha Graham s’est plusieurs fois attiré les foudres de professionnels et de spectateurs. « Il ne faut oublier qu’à cette époque-là, on dansait pour donner du rêve, du beau… Pour Martha Graham, nous ne sommes pas faits uniquement de joie et de beauté mais aussi de violence. Son père, psychiatre, lui répétait : le corps ne ment jamais », rappelle Amélie Bénard.

 

La danse de Martha Graham exprime un point de vue, les sentiments intérieurs, les plus forts et les plus contradictoires, sur des sujets aussi différents que l’engagement politique, les problèmes sociaux, le féminisme… « Elle allait aussi chercher les émotions des danseurs. La forme seule ne vaut rien. Il faut du sens. Avec Martha Graham, un personnage doit se nourrir de ce que peut être un danseur, donc le corps doit s’exprimer ».

 

Amélie Bénard voue une véritable passion à cette femme moderne. Pourtant, la première approche à la technique Graham n’avait pas été convaincante. Il en a fallu une deuxième dans un contexte plus favorable. « Je ne sais pas bien ce qui m’attirait dans cette technique. L’inconnu, peut-être ? J’ai toujours préféré les virages aux lignes droites. Encouragée par ma professeur, je suis partie faire un stage de trois semaines à la Martha Graham School un été. Là-bas, j’étais submergée d’émotion ».

 

La suite : Amélie Bénard décroche une bourse pour rester six mois. Elle poursuivra sa formation pendant deux ans. Elle est élève et danse dans la deuxième compagnie. Aujourd’hui, elle enseigne. Depuis neuf ans, elle partage avec une belle intensité cette passion pour Martha Graham. « C’était une pionnière qui a toujours fait évoluer sa technique. Cela ne peut pas se perdre. Il faut garder cela en vie ».

 

Cette technique, elle la transmet également dans sa région natale. Tous les étés, elle retrouve sa famille dans le pays de Caux et anime un stage. Elle était à Alizay dans l’Eure pour enseigner la philosophie et la méthode Graham à 80 danseurs amateurs et professionnels. « Je veux aussi donner envie d’aller au-delà des cours. Je suis heureuse quand des élèves cherchent des vidéos de chorégraphies ».

 

Amélie Bénard qui a grandi à Limésy rêvait d’être danseuse. « Je dansais tout le temps. La danse, c’est comme un organe. Elle fait partie de moi et ça, on ne peut pas me le retirer ». Elle a réussi « mais j’ai dû m’accrocher. Combien de fois m’a-t-on répété au lycée quel vrai métier je voulais faire. J’ai dû me battre pour passer l’option danse au bac ». Aucun regret. Consciente des différents sacrifices qu’elle doit faire et de la précarité de sa situation, elle vit pleinement cette vie de danseuse à New York, « une ville verte, piétonne où l’on ne se sent pas étouffé », entre les cours et les spectacles avec la Caliince Dance Company et le Edgar Cortes Dance Theater.