photo Danny Willems

Rokia Traoré est une des plus belles voix du Mali. Dans Dream Mandé-Djata, la chanteuse retrace la vie et le règne de Soundiata Keita, fondateur de l’empire du Mandé au XIIIe siècle. Ce sont les griots qui ont transmis le récit d’un homme qui a pacifié une région de l’Afrique de l’Ouest, prôné la liberté pour son peuple. Entourée de deux musiciens, Rokia Traoré raconte cette épopée en mariant scènes en français et chant en bambara tout en rendant hommage à l’art des griots. Elle sera mardi 25 septembre à la chapelle Corneille à Rouen avec L’Étincelle. Entretien.

Vous revenez sur un épisode lointain de l’histoire de l’Afrique. Pourquoi ce choix ?

J’ai voulu transmettre cette histoire à ma façon. Le continent africain n’a jamais été montré tel que ses habitants le voudraient. Il est presque toujours raconté à partir du point de vue d’autres personnes qui ont cru avoir compris des choses qu’elles n’avaient en fait pas comprises. La colonisation et ses décennies d’aliénation et d’oppression ont eu pour conséquence l’abandon de manières de vivre et d’organiser la vie en société. Une génération, dont je fais partie, africaine mais aussi européenne, se sent aujourd’hui capable d’informer. Nous avons conscience de la nécessité de nous connaître mieux et connaître notre histoire. D’où l’existence de ce projet Dream Mandé Djata.

Que faut-il retenir aujourd’hui des paroles et des gestes de Soundiata Keita ?

Soundiata Keita a établi une Charte. C’était une constitution qui a servi à organiser toute une région en fédérant de nombreux royaumes autour de règles qui convenaient à tous. Ce continent était très organisé avant l’arrivée des colons, contrairement aux idées reçues.

Est-ce que ce spectacle a aussi une portée politique ?

Complètement.  

 

 

Vous avez dû prendre du recul sur cette histoire africaine pour pouvoir l’écrire. Est-ce que cela a été facile ?

J’ai effectué des recherches, beaucoup lu, j’ai rencontré des griots qui ont bien voulu me transmettre leur savoir, comme la grande griotte Bako Dagnon. Il y a des sources. Quelque part je transgresse car je révèle des choses longtemps maintenues cachées mais c’est l’Histoire. 

Comment les grandes épopées permettent de comprendre les sociétés d’aujourd’hui ?

Les épopées racontent l’Histoire. Se connaître est important pour avancer.  Le spectacle porte un message pour le monde, et non pas seulement pour l’Afrique. Les styles de gouvernance deviennent difficiles à cerner aujourd’hui. Sont-ce encore des hommes avec des convictions qui nous gouvernent ou bien est-ce un système à tentacules que nous entretenons tous mais qui, en même temps, échappe à notre contrôle ? Ce projet entraîne des questionnements sur le pouvoir, sur ce qu’il était avant et sur ce qu’il devient.

Est-ce difficile de marier musique et texte, chant et récit dans un spectacle et aussi de mêler les langues ?

Je mêle le français et le bambara, j’utilise le premier pour le récit car je ne pourrais pas le faire en bambara. D’autres le feraient mieux que moi. Cela s’est imposé naturellement. Je joue aussi ce spectacle en anglais. Tous les chants sont en bambara.

  • Mardi 25 septembre à 20 heures à la chapelle Corneille à Rouen. Tarifs : de 32 à 23 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 98 45 05 ou sur www.letincelle-rouen.fr