L’Occupation est une histoire d’obsession. Celle d’une femme qu’incarne Romane Bohringer. La comédienne s’empare avec gourmandise et justesse du texte d’Annie Ernaux mardi 8 octobre à la scène nationale de Dieppe.

« Cela a été un coup de foudre, une révélation ». Romane Bohringer n’avait jamais lu un roman d’Annie Ernaux. Jusqu’à ce que le metteur en scène Pierre Pradinas lui tende L’Occupation. « Je connais Pierre depuis 15 ans. Nous avons fait neuf spectacles ensemble. Quand il me propose un texte, j’y vais. Celui-ci a été une découverte majeure. C’est comme si j’avais trouvé quelqu’un qui  mettait des mots sur ce que je peux ressentir. Après ce texte, j’ai tout lu ». Les deux femmes se sont rencontrées après une représentation. « Elle est exceptionnelle. J’ai été à peine en capacité de lui parler. J’avais l’impression d’avoir devant moi une rock star, habitée par son travail. Pour moi, tous les mots étaient en deçà de ce que j’éprouvais. J’ai beaucoup d’admiration pour elle ».

Comme une obsession

Dans L’Occupation, texte autobiographique et fulgurant, qu’elle joue mardi 8 octobre à DSN à Dieppe accompagnée du musicien Christophe « Disco » Minck, Romane Bohringer est cette femme enfermée dans une jalousie extrême, installée depuis que son amant par intermittence lui confie une liaison avec une autre. Cela deviendra une obsession, voire un cauchemar. Cette autre qui envahit autant sa tête que son ventre, elle voudra tout connaître d’elle.

Commence alors une enquête folle. « C’est un voyage à l’intérieur de sensations. Annie Ernaux y déploie un mélange de grande richesse, d’élégance littéraire et d’animalité. Il y a quelque chose d’organique et une extrême spiritualité. Elle a un regard sur elle acéré. Elle se décrit dans une situation extrême avec lucidité. J’y vois beaucoup de folie et d’excès ».

Une première

Romane Bohringer a exploré L’Occupation « avec une douceur » pour en révéler toutes les nuances et restituer toute sa beauté. « On l’a détaillé, mâché, remâché, corporalisé. On l’a aimé de toutes nos forces. Jour après jour, le corps s’est engagé. Le texte est maintenant comme une seconde peau. Nous ne l’avions pas joué pendant neuf mois mais il ne m’a pas quittée. Il m’accompagne ».

Pour la première fois, la comédienne est seule sur scène. Une première qui lui donne « un vertige fou mais magnifique ». À la fin de la représentation, elle se retrouve « en nage, dans un état de fatigue. Je pourrais citer Annie Ernaux : j’aurais éprouvé un épuisement, une flaccidité mentale analogue à celle du corps après l’orgasme ».

Infos pratiques

  • Mardi 8 octobre à 20 heures à la scène nationale de Dieppe.
  • Tarifs : de 23 à 10 €.
  • Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr