Rona Hartner est une femme pétillante avec une énergie communicative. Elle est comédienne, au cinéma et au théâtre. On l’a vue notamment dans Gadjo Dilo de Tony Gatlif, un rôle pour lequel elle a été primée plusieurs fois. Elle est autrice – elle vient de publier Je te donnerai un vrai bonheur. Rona Hartner est connue pour ses chansons au carrefour des musiques traditionnelles des Balkans et de l’electro. Selfish marque une nouvelle collaboration avec Dj Tagada et réunit deux tempéraments de feu. Entretien avec Rona Hartner avant le concert jeudi 17 octobre à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu.

Quelle place tient la chanson dans votre parcours artistique ?

J’aimerais lui donner beaucoup plus de place. La musique est mon premier amour. Je chante depuis l’âge de 5 ans et j’ai écrit ma première chanson à l’âge de 10 ans. Je suis entrée au conservatoire à 14 ans. En fait, je suis pétrie de musique. Puis, le cinéma m’a happée. J’ai beaucoup tourné. Pendant ce temps, le contact avec le public m’a manqué. Quand je suis arrivée en France pour faire du cinéma, j’ai commencé à peindre. Alors le soleil, je l’ai compensé avec ma palette de couleurs. J’ai aussi fait du théâtre mais, pour vivre les choses pleinement, il faut avoir du vécu. C’est essentiel pour pouvoir transmettre, affirmer une chose. 

Vous revenez à la musique avec un répertoire que vous voulez sans concession.

Avec Dj Tagada, nous avons travaillé sur un projet bio, sur des chansons sucrées et amères avec une parole forte. C’est un manifeste parce que nous ne sommes pas d’accord avec ce qui se passe dans le monde.

Qu’est-ce qui vous met en colère ?

Aujourd’hui, c’est la pensée unique. On nie le fait que chacun est différent. Si tout le monde se ressemble et pense de la même manière, il n’y a plus de conflit. Mais tout ce qui fait notre richesse disparaît. C’est une dictature de la pensée. Et ça, c’est impensable sur notre planète. Un être n’est pas seulement un consommateur. Il est un acteur de la nature. En Roumanie, on troque les chevaux contre des hamburgers. Partout, on perd ce rapport à la nature, les richesses musicales, les valeurs de la famille, les traditions… Les gouvernents nous disent qu’ils apportent des réponses aux maux de la société. Or, ils ne les ont pas. C’est nous qui les avons. Dans ce débat, l’artiste doit s’impliquer.

À quel moment avez-vous constaté une disparition de la culture des Balkans ?

Je l’ai constaté quand les grandes villes sont devenues toutes puissantes alors que les petites villes ont tendance à disparaître. Dans les grandes villes, il faut courir, être efficace. Là-bas, on n’a plus le temps. On s’entasse dans des cités. Il n’y a plus le rapport à la terre et à la nature qui est très important en Roumanie. Par exemple, on a supprimé dans les villages le grand festin qui se déroule tous les 17 décembre lorsque l’on tue le cochon avant Noël. C’est une forme d’hommage à un animal qui va nourrir toute une famille. On a inventé une peste, tué des milliers de cochons pour que les familles aillent consommer dans les supermarchés. On ne se rend pas bien compte encore de ce glissement en Roumaine. En France, oui. Je vois des gens qui comprennent ce qu’ils sont en train de perdre.

Comment souhaitez-vous partager cette tradition des Balkans ?

Avec folie ! Il y a une simplicité en France qui me plaît bien. J’ai déjà donné des cours de danse et j’ai remarqué que les Français adoraient les rondes, danser ensemble, faire partie d’un tout. Avec notre folie, avec nos instruments, nous amenons quelque chose des Balkans, des racines profondes de l’Europe. Ces rythmes sont en effet au plus profond de nous-mêmes. Le discours est secondaire.

Vous connaissez Dj Tagada depuis dix ans. Comment travaillez-vous avec lui ?

Dans la folie aussi. C’est un grand artiste, pas seulement un simple dj. Quand je lui ai dit que je déménageais de Paris dans le sud de la France, il a eu peur de plus pouvoir travailler avec moi. Nous avons beaucoup parlé de cela et composé dans un élan, en pleine cohésion et dans le plaisir. Aujourd’hui, nous formons une sacrée équipe. Nous improvisons sur scène et nous sommes très contents.

Quand revenez-vous au cinéma ?

J’ai tourné dans un film indépendant, Des Milliards de toi mon poussin de Mathilde Laconche, qui n’a pas été distribué. Il n’y a pas de place pour ce cinéma. Pour moi, c’est un choc. Dans les festivals, il prend des prix mais il n’est pas projeté en salle. C’est très frustrant.

Infos pratiques

  • Jeudi 17 octobre à 20h30 à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu.
  • Tarifs : 13,50 €, 9,50 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 36 95 80

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