Il y a les Journées du Patrimoine et aussi les Journées du Matrimoine. Deux événements qui se déroulent le même week-end pour avoir un aperçu de notre héritage collectif. L’association HF Normandie qui se bat pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le champ culturel propose pour cette 3e édition, du 19 au 22 septembre, pas moins de 56 projets artistiques dans 44 lieux de la région. Tant d’événements pour croiser le parcours de femmes autrices, actrices, intellectuelles, rayées de l’Histoire injustement. Retour sur la notion de matrimoine avec Rozenn Bartra, représentante de NF en Normandie.

Quand a-t-on redécouvert ce mot, matrimoine ?

C’est Aurore Evain qui a redécouvert ce mot lors de son travail sur une thèse. Le terme matrimoine existait au Moyen Âge. L’Académie française l’a fait disparaître pour des raisons discriminantes. Comme le mot autrice, officière, professeuse… On le voit dans les registres de Molière. En faisant disparaître les mots, on fait aussi disparaître l’usage.

Avec les Journées du Patrimoine, on est dans le domaine culturel. Avec les Journées du Matrimoine, on reste dans le domaine culturel et on entre dans un champ politique.

Nous les pensons de cette manière. Nous espérons un jour organiser les Journées du Patrimoine et du Matrimoine, créer un seul et même événement. Les Journées du Matrimoine revendiquent cette égalité entre les femmes et les hommes, cette place que doivent tenir les femmes. À la Révolution française, il y avait les biens que l’on héritait de sa mère. C’est devenu ensuite les biens de l’épouse, puis ceux du couple. L’homme a pris le dessus et le mot matrimoine a disparu. Comme le mot autrice. Ces femmes devenaient de plus en plus nombreuses. Par pure idéologie, on l’a supprimé. On a juste gardé le mot actrice. À la Comédie-Française, il y avait bien plus d’actrices que d’autrices. C’est une forme de pouvoir.

L’histoire a oublié toutes ces femmes

De nombreuses femmes ont été des créatrices. Elles ont aussi importantes dans le domaine de la science. Mais on les a oubliées et elles ne figurent pas dans la mémoire collective. C’est un retour à la case départ parce qu’elles se sont battues pour en arriver là. Pour toutes les jeunes générations, ce sont des modèles. Emparez-vous de cet héritage !

Pour ces Journées du Matrimoine, l’association HF Normandie a reçu une centaine de propositions artistiques.

C’est un succès. Nous sommes très heureux et heureuses. Il y a beaucoup de femmes qui créent. Mais notre souhait : ne plus être encore là dans dix ans. Ce qui signifierait que les discriminations ont disparu et nous permettrait de nous concentrer sur d’autres enjeux.

Quelles sont les évolutions dans le milieu culturel ?

Il y a des progrès dans les nominations à la direction des théâtres depuis Aurélie Filippetti (ministre de la Culture et de la Communication entre 2012-2014, ndlr). Nous sommes encore loin de la parité sur l’ensemble du territoire. Il y a encore des réactions masculinistes. L’usage des mots justes n’est pas accessoire mais essentiel. Même s’il y a encore beaucoup de remarques. Avec une telle demande, on peut entendre : mais qu’est-ce qu’elles veulent encore ?

Vous souhaitez que les associations HF n’existent plus. Quelles seraient les mesures ?

Aujourd’hui, il faut passer par des mesures drastiques, par des contraintes. Il faut aussi que les mentalités changent. Et ça, c’est de la pédagogie.

Que pensez-vous de la tenue du Grenelle des violences conjugales ?

Les moyens ne sont pas suffisants. C’est le nerf de la guerre. Il ne faudrait pas que ce Grenelle accouche d’une souris ?

Dans le milieu culturel, des violences existent aussi.

Il y a des articles cet été. Des enquêtes sont en cours. C’est difficile pour les femmes artistes. Elles évoluent dans un milieu où la relation est importante. Certaines ont du mal à dénoncer des agressions. Il est facile de dire que les mots ont été mal interprétés. D’autres ont peur d’être mises sur la touche.

Infos pratiques

  • Journées du Matrimoine, du 19 au 22 septembre, en Normandie
  • Programme complet sur www.hf-normandie.fr