sissoko-segal_escalierLes rencontres, Vincent Ségal les adore. Il y en a eu de très belles avec Piers Faccini, Cyril Atef avec lequel il forme Bumcello. Sans oublier Sting, Vanessa Paradis, Matthieu Chedid. Il y a aussi celle avec Ballaké Sissoko, peut-être la plus exigeante. Le joueur de kora malien, artiste associé au Hangar 23 à Rouen, a emmené le violoncelliste sur des territoires inconnus. Chacun va au-delà de son héritage pour réinventer une tradition. De ce duo sont nés des plages lumineuses et de douceur. Les deux musiciens jouent vendredi 6 et samedi 7 février au Hangar 23. Entretien avec Vincent Ségal.

 

Est-ce que le duo est la formule qui vous convient le plus ?

C’est en tout cas celle que j’ai le plus pratiquée. J’adore jouer avec plusieurs musiciens, avec un quatuor à cordes. J’aime jouer en groupe, comme avec Matthieu (Chedid, ndlr). En fait, c’est l’amitié qui guide. J’ai du mal à jouer avec des personnes comme si elles étaient des collègues de bureau. Avec Ballaké, c’est différent. On vit l’un chez l’autre. Quand je vais au Mali, je suis chez lui. Quand il vient en France, il est chez moi.

 

Qu’est-ce qui vous séduit chez Ballaké Sissoko ?

J’ai toujours eu l’impression d’une grande proximité de mode de vie. Nous jouons d’instruments qui sont compliqués à amplifier. Nous avons aussi le même âge. Nous avons commencé la musique très tôt. Humainement, nous nous complétons. Avec Cyril (Atef, moitié du duo Bumcello, ndlr), j’ai trouvé un ami plus extraverti que moi. Ballaké, lui, est plus introverti que moi.

 

Ballaké Sissoko est en effet une personne qui parle peu.

Ce n’est pas lié à son caractère. C’est sa culture, son éducation. Il faut être réservé dans la société malienne. Si on parle trop, on peut tout gâcher. Ballaké est aussi un rêveur. Il est dans son monde. Il aime bien esquiver les questions pour ne pas gêner son interlocuteur. Il préfère que les gens trouvent par eux-mêmes.

 

Est-ce qu’un duo est davantage basé sur une qualité d’écoute ?

Oui et Ballaké a une très grande qualité d’écoute. J’étais en train d’écouter ce que nous avions enregistré chez lui, sur le toit de sa maison. Je me suis rendu compte que l’on jouait mieux et différemment. De plus, on entend la nuit, les moutons, les rumeurs de Bamako. Ce sera un album extérieur.

 

Ces bruits ne viennent-ils pas polluer la musique ?

Ils polluent vraiment mais on entend les atmosphères et on vit avec la réalité du monde.

 

 

Le duo est-il plus un art de la conversation ?

Oui c’est vrai mais je pense que cela est valable pour toute la musique. C’est une autre langue dans laquelle le temps est relatif. En musique, on n’a pas à penser ce que l’on dit. Il y a des signes et un vocabulaire qui ne signifient rien. Il n’y a pas de traduction possible. Quand j’écoute de la musique, je n’ai pas besoin d’entendre les textes. Je recherche avant tout une abstraction.

 

Vous improvisez souvent avec Ballaké Sissoko ?

Beaucoup, oui. Même pratiquement tout le temps. Il joue, j’écoute, j’apprends, puis je joue. Les morceaux s’écrivent de cette manière.

 

Le nouvel album que vous composez avec Ballaké Sissoko sera-t-il dans la continuité de Chamber Music ?

Oui, il le sera forcément. Nous travaillons comme des artisans, comme des cuisiniers. Depuis la sortie de Chamber Music, il s’est écoulé six ans. Nous avons beaucoup joué dans le monde. Aujourd’hui, notre jeu a évolué. Chamber a été enregistré en deux jours. Là, c’est complètement différent. Ce sont d’autres musiques, d’autres compositions, d’autres morceaux traditionnels.

 

  • Vendredi 6 et samedi 7 février à 20h30 au Hangar 23 à Rouen. Tarif : 10 €.