S’ouvrir avec le théâtre

par | 16 juin 2014 | Théâtre

A travers Bambiland, c’est tout le théâtre de la cruauté que les élèves de la classe d’art dramatique du conservatoire de Rouen abordent lors de ses travaux de fin d’année. Les douze apprentis comédiens qui jouent du 17 au 19 juin au théâtre de la Chapelle Saint-Louis ont ainsi aiguisé leur regard sur le monde.

 

bambilandQu’est-il plus facile d’aborder, les œuvres classiques ou les textes contemporains ? Les élèves de la classe d’art dramatique du conservatoire de Rouen n’hésitent pas. « C’est beaucoup moins dur d’aborder l’alexandrin », répond Arthur. Ils se sont frottés aux vers de douze syllabes dans La Tragédie du More, une histoire d’un auteur inconnu du XVIIe siècle, début mai à l’abbatiale Saint-Ouen à Rouen.

 

Pour les travaux de fin d’années, ils ont travaillé l’œuvre d’Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature en 2004. « Son écriture comporte beaucoup de subtilité. On s’est arraché mes cheveux pour comprendre ses textes », remarque Arthur. Pour Harold, « il y a une articulation de la pensée singulière. Par ailleurs, on ne voit pas toute l’ampleur et toute l’ironie du propos » ». La difficulté pour Clémentine : « avoir un recul et un point de vue sur le monde dans lequel on vit ».

 

Le théâtre forme à une ouverture d’esprit, donc à une tolérance, et devient propice à des échanges. « En deux ans, je n’ai jamais autant appris. Je me suis rendu compte que j’avais de grosses lacunes. Je suis aujourd’hui capable d’argumenter », confie Arthur. « Cela nous permet de ne pas avoir un point de vue univoque, d’aller chercher les tenants et les aboutissants et de ne pas accepter ce que l’on nous sert », poursuit Harold. Selon Clémentine, « il est possible de s’exprimer librement entre nous, de se parler sans avoir peur d’être jugé. Ailleurs, on est vite catalogué ».

 

Le théâtre de la cruauté porté par Elfriede Jelinek les touche profondément. Tout comme ce rapport entre dominateur et dominé. Les élèves évoquent les relations de pouvoir avec colère. « Il y a des choses révoltantes. Le fonctionnement de la politique aujourd’hui est insupportable. Tout se fait à coups de pouvoir », constate Harold. La politique justement, Clémentine regrette « le manque d’investissement avec des taux d’abstention trop élevé ». Arthur se montre « inquiet face à la montée de l’extrême droite. Cela me fait mal. Je ne pensais que l’on pouvait en arriver là ».

 

Et demain ? Le théâtre « aide dans notre façon dont on veut aborder notre vie. Si on ne sait pas ce dont on a envie, on sait ce dont on n’a pas envie ».

 

Le théâtre de la cruauté

Cette année, les élèves de la classe d’art dramatique du conservatoire de Rouen ont travaillé avec leur professeur, Maurice Attias, sur le théâtre de la cruauté. Première étape avec La Tragédie du More avant les travaux de fin d’année consacrés à l’œuvre d’Elfriede Jelinek. Dans Bambiland, titre d’une œuvre de la romancière et titre générique de ces travaux, ils traversent plusieurs œuvres, Ce qui arriva quand Nora quitta son mari, Les Amantes, Animaux, Winterreise.

Aborder le théâtre de la cruauté, c’est évoquer « la notion de salaud, celui dépend uniquement de lui et de son propre désir. La seule instance, c’est lui-même », commente Maurice Attias. Il y a les jeux de pouvoir, de domination, de manipulation d’esprit.

 

  • Les douze apprentis comédiens : Harold Batola, Romain Collard, Arthur Godin, Dorine Hermier, Oriane Huron, Nolwenn Lepicard, Pierre Leray, Nina Loizelet, Olive Malleville, Clémentine Marin, Victor Ovigne, Icarius Pryor.
  • Les dates : mardi 17, mercredi 18 et jeudi 19 juin à 19h30 au théâtre de la Chapelle Saint-Louis à Rouen. Entrée libre. Réservation au 02 35 98 45 05 ou sur www.chapellesaintlouis.com

 

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