Raconter une histoire à plusieurs, c’est toujours mieux. Stephan Eicher s’est entouré de la rappeuse Steff La Cheffe et des musiciens de la fanfare aux accents balkaniques, le Trakorkestar. En tout 14 artistes sur scène pour revenir sur un secret enfoui pendant quarante ans, un conte avec une série de séparations et de retrouvailles. Une manière originale pour Stephan Eicher, foin mélodiste, de traverser son répertoire sans cesse renouvelé et empreint d’une étonnante élégance. Le chanteur, véritable dandy, est en concert vendredi 30 mars au 106 à Rouen. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a avant tout séduit chez ces musiciens du Trakorkestar ?

C’est leur mélange de folie et de mélancolie. Ces musiciens sont de véritables de fêtards et aussi des personnes touchantes. Ce qui m’a plu aussi, c’est que cette fanfare est constituée de trois batteries et de neuf cuivres. Lors de ma dernière tournée, j’étais tout seul sur scène avec des automates. À un moment, cette solitude pèse. On fait la route tout seul. On mage tout seul. On se retrouve à l’hôtel tout seul. Il n’y a plus personne avec qui parler. Pour chaque projet musical, j’aime me renouveler. J’ai toujours procédé de cette manière. C’est ma façon de rester créatif.

Au milieu de cette fanfare, comment avez-vous trouvé votre place d’interprète ?

Chaque soir, j’ai envie de laisser aux musiciens beaucoup de place et de respecter les chansons. Même si je n’ai pas sorti d’album depuis six ans, le public est resté fidèle et vient pour écouter les chansons. Je m’amuse beaucoup avec eux. D’autant qu’ils pourraient être tous mes enfants. Sur scène, il y a deux générations et deux attitudes différentes. C’est très jouissif de confronter deux énergies. Pendant le concert, ils me portent et se foutent de ma gueule aussi. Nous jouons avec ces images.

Est-ce que vous avez dû modifier votre façon de chanter ?

Quand j’ai commencé, je chantais de façon un peu nasillarde et en haut. Cela ne fonctionnait pas bien. J’ai dû changer. Je suis sur des fréquences différentes. Chanter avec une fanfare, c’est très physique. Je n’irai jusqu’à dire que c’est un combat mais il faut quand dompter ces fauves.

Quel est le rôle de Steff La Cheffe ?

J’ai rencontré Steff La Cheffe sur un autre projet dans lequel je n’avais pas de batterie. J’aime beaucoup l’élégance de ce personnage, sa féminité et également sa force. Elle est à la fois sensible et puissante. Elle porte bien son nom, La Cheffe.

 

Pourquoi avez-vous besoin d’une narration pour imaginer un concert ?

C’est à travers les histoires que l’on apprend les choses. Elles permettent la compréhension de ce chaos qui s’appelle la vie. J’aime beaucoup cela. Je ne le fais pas exprès. C’est vraiment inconscient. Lors d’une tournée, j’avais un décor avec un mur d’enceintes et, au centre, un vieux tourne-disque qui disparaissait. Pour celle-ci, j’ai un vieux jukebox avec des 45 tours. J’ai imaginé tout cela comme un cadavre exquis.

Comment naissent ces histoires ?

Je les vole. Comme tout le monde (rires). C’est ma sensibilité. Avec ces histoires, j’essaie aussi de faire sens. Dans l’art, on peut aussi faire des non-sens. C’est juste la réalité qui est compliquée.

Est-ce que ce sont vos rêves ?

Peut-être… Les histoires sont toujours une sorte de rêve.

Vous avez choisi un autre écrin pour vos chansons. Comment les avez-vous habillées ?

Je les ai habillées différemment. Et cela m’amuse beaucoup. Ce sont comme des enfants qui se déguisent. Aujourd’hui, toutes ces chansons ne m’appartiennent plus. Je les regarde avec des paramètres qui sont extérieurs.

Ecrivez-vous toujours avec Philippe Djian ?

Oui, nous avons écrit cinq nouvelles chansons que nous jouons pendant le spectacle. Nous continuons. Pour l’instant, j’ai seulement pu sortir des albums dans les pays germanophones. Chez les maisons de disques, il y a énormément de mensonges. Comme dans l’industrie, la crise était prévisible. On utilise ses mensonges pour fermer les usines qui sont délocalisées dans un pays, puis un autre parce qu’il est devenu plus rentable. Et on fait le tour du monde. Peut-être qu’un jour cela reviendra au point de départ.

  • Vendredi 30 mars à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : de 33 à 23 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com