COVID 19 : Pas de concerts. Pas de spectacles. Pas d’expositions… nous avons une belle pensée et apportons tout notre soutien à tous les acteurs et actrices du monde culturel, particulièrement affectés par cette mesure. Prenez soin de vous. Restez chez vous et toujours aussi curieux !

“Susciter des souvenirs”

par | 22 novembre 2013 | Danse

photo Editions Points de vue

photo Editions Points de vue

Si le nom de Steven Cohen n’est pas encore familier pour le grand public, personne n’a pourtant oublié cet artiste déambulant sur la place du Trocadéro à Paris perché sur de hauts talons, habillé d’un corset blanc et le sexe enrubanné tenu en laisse par un cop. Steven Cohen, chorégraphe et plasticien sud-africain, est un habitué d’interventions sulfureuses pour sublimer son statut de victime portant l’étoile jaune et dénoncer une histoire barbare. Lors d’Automne en Normandie, il crée Mene Mene Tekel uPharsin dans la Maison sublime à Rouen, un lieu symbolique pour cet artiste juif, transformiste.

 

Vous êtes Juif. Vous créez dans un monument juif. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Je suis Juif et je crois que je suis un bon Juif mais je ne suis pas un Juif typique. Je ne mange pas de porc mais je suce des bites. Je ne me sens pas obligé de parler seulement avec le langage qui est familier aux Juifs. J’ai une identité plus complexe que cela. Je suis blanc, juif, queer et sud-africain. C’est une richesse pour la créativité, une délicieuse recette sucrée-salée. Ma position est problématique et contradictoire, comme la plupart de mes comportements. Je ne me sens pas prisonnier des recommandations immorales et malhonnêtes de l’Ancien Testament et, cependant, j’essaie d’agir en accord avec les fondements spirituels et comportementaux fondamentalement positifs, inscrits dans ces écrits. Je ne veux pas dire que je fais un travail juif. Je veux dire que je fais une expérience dans le domaine de l’art vivant. Je veux dire que je cherche, que je trouve et que je fais de l’art lors des performances présentées au public. Cela doit être ésotérique et, en même temps, facilement accessible. C’est ma douleur et mon plaisir, mon voyage dans la vie et dans l’art.

 

La Maison sublime est un lieu de mémoire. Comment interrogez-vous cette mémoire ?

La mémoire est sélective et relative, floue et subjective. Ce qui est bien pour les uns peut ne pas l’être pour les autres. J’amène ma mémoire d’enfant juif dans mon travail. Je veux susciter des souvenirs chez les autres et chez les personnes des autres croyances.

 

La Maison sublime se trouve sous le palais de justice. Quel symbole voyez-vous ?

La situation est réellement remarquable. Mais il y a de grandes différences entre ce qu’évoquent ces deux lieux : la terrible ironie de l’extermination et de la persécution face à la protection et la défense.

 

Pourquoi la notion de performance est importante pour vous ?

La performance ne signifie rien pour moi. Nous faisons tous des performances tout le temps. S’habiller, sortir, communiquer, acheter du pain sont des performances. La situation est essentielle pour moi et la force de la performance est la situation dans laquelle elle se déroule. Dans ce travail, je suis davantage intéressé par la notion d’ethno-chorégraphie. Nous sommes tous danseurs dans cette vie et il y a autant de formes de danse et de raisons de danser que de personnes. J’aimerais montrer un mouvement non dansé qui ait des résonnances avec les cérémonies traditionnelles, la communication non verbale, les différentes formes de prière et la continuité du mouvement de la préhistoire jusqu’à la danse contemporaine. La danse, comme la vie, est une question de rythme. Et chaque personne, chaque chose danse, des arbres dans le vent jusqu’aux insectes, les animaux et les humains.

 

  • Vendredi 22 novembre de 17 heures à 19h30, samedi 23 novembre de 15 heures à 18h30, dimanche 24 novembre de 15 heures à 18h30 à la Maison sublime, sous le palais de justice, à Rouen. Une séance toutes les 30 minutes.
  • Tarif : 5 €. Réservation au 02 32 10 87 07 ou sur www.automne-en-normandie.com

 

 

La Maison sublime

C’est le plus ancien monument juif de France. Située sous le palais de justice, elle a été une école rabbinique construite vers 1100. Quand il est entré à l’intérieur de l’édifice, Steven Cohen a été frappé par « l’humble beauté et par l’absolue poésie » de la Maison sublime. Il y a ressenti « une atmosphère pleine d’énigmes connues, d’intimité, de mystères. Comme mon corps, il garde des choses connues et inconnues ». Pour Automne en Normandie, Steven Cohen crée Mene Mene Tekel uPharsin, une inscription écrite dans le livre de Daniel issu de l’Ancien Testament qui signifie que « tout est compté, a été pesé et est insuffisant. Chacun a une certaine destinée mais cela ne signifie pas que nous n’avons pas un moyen d’y apporter quelque changement. Nous faisons des choix dont nous devons être responsable. Je veux intérioriser et intégrer cet avertissement ». Pour créer cette pièce, l’artiste sud-africain a eu « le besoin d’écouter les secrets murmurés dans le lieu ».

À lire également

ante. adipiscing felis Aenean odio tristique commodo