Il n’est pas facile d’aimer… C’est que démontre Ogres, un texte écrit par Yann Verburgh et mis en scène par Eugen Jebeleanu. La pièce de la compagnie des Ogres se joue jeudi 24 et vendredi 24 mai à L’Étincelle à Rouen.

photo Olivier Balladur

Pour Eugen Jebeleanu, le théâtre ne peut rester déconnecter de la réalité. « Il doit être sans cesse en lien avec ce qui se passe autour du nous. Il est l’instrument de la pensée qui crée le débat. Comme le théâtre public est un art subventionné, cet argent doit être utilisé pour parler du monde. Nous étions récemment à Beyrouth pour une lecture de Ogres. Celle-ci n’a pas eu lieu à cause de la censure. Cette expérience nous conforte dans notre démarche. Il faut abuser de cette liberté d’expression, dire les choses haut et fort. Il y a tellement d’injustice dans le monde que l’on ne peut demeurer passif ».

Un combat essentiel pour ce metteur en scène qui a grandi en Roumaine, un pays secoué par un régime dictatorial. « J’appartiens à la génération qui s’est construite sur la chute de ce système et qui en porte l’héritage : un carcan idéologique qui imposait une pensée unique. De fait, ma démarche artistique est de donner voix à des individus anonymes, des non-héros qui n’appartiennent pas à la majorité et qui n’adhèrent pas à la culture dominante ». 

Eugen Jebeleanu, fondateur de la compagnie des Ogres s’empare d’un sujet d’une actualité brûlante, l’homophobie. Il met en scène Ogres, un texte de Yann Verburgh. « J’ai beaucoup aimé son écriture à la fois directe, brute, poétique et sensible. Cela donne beaucoup de possibles à la mise en scène, à la scénographie, au jeu… Sans tomber dans une revendication. On n’est pas dans un théâtre engagé qui lutte mais dans un théâtre de l’émotion pour lutter ».

Des témoignages

L’auteur et dramaturge a commencé par un travail documentaire en allant chercher des témoignages, piochant dans les faits réels. C’est un panorama d’une discrimination allant de la France à la Russie en passant par la Roumanie, l’Iran, la Corée du sud, le Cameroun, la Grèce, les Pays-Bas… L’histoire d’Ogres, jouée jeudi 24 et vendredi 25 mai à L’Étincelle à Rouen, commence en Normandie. Dans un bois se fait agresser Benjamin. Il est laissé pour mort. C’est tout son parcours, jusqu’au procès, qui est raconté. Un parcours ponctué de discussions avec Yoan, jeune militant LGBT, des souffrances des victimes et des familles, des points de vue des commentateurs et des agresseurs. À côté de cette tragédie, il y a toujours l’amour qui porte Eshuan et Ali, condamnés à mort en Iran, Tara, jeune Ougandaise qui a demandé l’asile aux Pays-Bas, Luka, lycéen russe…

En tout une trentaine de personnages que jouent cinq comédiens et comédiennes, Gautier Boxebeld, Clémence Laboureau, Radouan Leflahi, Ugo Léonard et Claude Puygrenier. Ils sont les ogres, victimes et bourreaux à la fois « parce que nous sommes les deux. J’ai travaillé avec eux à partir de leur sensibilité en nous questionnant sur la manière d’amener le personnage à soi. Tout en gardant une distance et une justesse pour ne pas tomber dans le pathos ». Tous évoluent dans cette forêt ravagée, symbole de l’état intérieur des êtres.

 

 

  • Jeudi 24 et vendredi 25 mai à 20 heures à la chapelle Saint-Louis à Rouen. Tarifs : de 15 à 7 €. Réservation au 02 35 98 45 05 ou sur www.letincelle-rouen.fr
  • Spectacle tout public à partir de 15 ans
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du 24 mai