14 élèves de seconde de 5 lycées de l’agglomération rouennaise jouent du 22 juin au 7 juillet La Place royale de Pierre Corneille au temple Saint-Éloi à Rouen. Une première pour ces apprentis comédiens dirigés par les metteurs en scène Alain Bézu et Patrick Verschueren.

Alain Bézu est très rarement revenu sur une même œuvre théâtrale. Le metteur en scène, ancien directeur des Deux-Rives, l’a fait pour Jacques le fataliste de Denis Diderot et L’Illusion comique de Pierre Corneille, la dernière pièce qu’il a créée dans son théâtre rouennais. Il se plonge à nouveau dans La Place royale, une pièce du même Corneille, écrite à l’âge de 28 ans. La raison ? « Le thème : il n’est pas facile de choisir entre l’amour et la liberté quand on est amoureux. C’est un thème universel et pas du tout dépassé. Corneille crée des personnages qui essaient de penser leur vie tout en la vivant de manière concrète ». Mettre en scène deux fois la même pièce, c’est « repartir avec la mémoire du texte, la mémoire des sons. Quand j’ai commencé à retravailler sur La Place royale, j’ai entendu certains comédiens comme si la représentation avait eu lieu hier. En fait, j’ai entendu une mélodie, un air baroque ».

Dans La Place royale, une comédie quasi tragique, le dramaturge et poète (1606-1684) réunit uniquement de jeunes gens, notamment deux femmes de nature opposée. « Pour Angélique, il ne peut y avoir d’amour que celui d’une seule vie. Phylis, elle, est une sorte de Dom Juan en jupon », commente Alain Bézu. L’histoire : Angélique et Alidor s’aiment sincèrement. Or, le jeune homme ne peut envisager le mariage. Pour lui, union est synonyme de prison. Il souhaite alors que sa belle se donne à son ami Cléandre. Elle préfèrera Doraste mais va vite se sentir trahie par son premier amour. Quant à Phylis, sœur de Doraste, elle finira par trouver l’amour. 

Avec 14 lycéens

Tous vont se retrouver, se croiser, s’aimer, se détester sur la place royale, aujourd’hui la place des Vosges à Paris. Avec Alain Bézu, le lieu de rencontre des personnages était en 1984 la chapelle Corneille pour le tricentenaire de la mort de l’auteur. Du 22 juin au 7 juillet, ce sera au temple Saint-Éloi avec Passion Corneille porté par l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, La Factorie/ Maison de la poésie de Normandie à Val-de-Reuil. Un projet pédagogique mené dans des classes de seconde de cinq établissements scolaires de l’agglomération rouennaise, les lycées Marcel-Sembat, Les Bruyères à Sotteville-lès-Rouen, Val-de-Seine à Grand-Quevilly, Vallée du Cailly à Déville-lès-Rouen et Jeanne d’Arc à Rouen. 

Quoi de plus évident de faire jouer les personnages d’Angélique de Phylis, d’Alidor, de Doraste et de Cléandre par des lycéens en option théâtre et aussi « des jeunes qui, par le lycée qu’ils fréquentent, sont éloignés de l’art et de la culture ». Première étape : « la sensibilisation à l’art dramatique et à la langue française. Nous avons travaillé avec les comédiennes, Sophie Caritté et Karine Preterre, sur le corps, la respiration, la relaxation, sur des extraits de La Place royale ». Les lycéens se sont ensuite confrontés à la dramaturgie du texte, à l’alexandrin et à sa musicalité deux heures par semaine pendant les premier trimestre de l’année scolaire. « Comme un musicien. On ne lui pardonne pas de ne pas jouer toutes les notes de la partition ». Un travail effectué à la table avant d’investir le temple Saint-Éloi pour les premières répétitions en avril 2018.   La pièce se jouera dans le choeur en tri-frontal. Alain Bézu se réserve toute la nef pour les entrées et les sorties des 14 comédiennes et comédiens qui se partagent cinq rôles. « Je n’ai pas voulu qu’ils aient plus de 100 vers à dire. Mon parti-pris a été l’exigence. J’ai confiance en eux ».

  • Vendredi 22, samedi 23, mardi 26, mercredi 27, vendredi 29 et samedi 30 juin, mardi 3, mercredi 4, vendredi 6 et samedi 7 juillet à 21 heures au temple Saint-Éloi à Rouen. Tarifs : 10 €, 7 €. Réservation au 02 32 59 41 85 ou sur communication@factorie.fr