OthellonathaliegarraudC’est un spectacle itinérant qui se joue lors du festival Terres de paroles à Gisors, Yvetot, Duclair et Fauville-en-Caux. La compagnie du Zieu, installée dans l’Oise, a travaillé sur la figure de l’étranger dans un nouveau cycle de création, pensé comme un laboratoire de recherche et d’écriture. Point de départ de cette aventure théâtrale : Othello de William Shakespeare que Nathalie Garraud, metteur en scène, et Olivier Saccomano, auteur, revisitent dans une Variation pour 3 acteurs, deuxième volet de leur trilogie intitulée Spectres de l’Europe. Interview avec Nathalie Garraud.

 

Vous travaillez par cycles de création. Pourquoi ?

Nous dirigeons la compagnie à deux et nous créons avec une troupe constituée de seize personnes. Le fait de travailler avec un auteur nous oblige à aller au-delà d’une pièce déjà écrite et de nous pencher sur une idée, sur une question qui nous occupe. Le cycle correspond au temps de la réflexion sur cette interrogation et de la production d’une pièce, écrite par Olivier Saccomano.

 

Le nouveau cycle est consacré à la figure de l’étranger.

C’est une manière pour nous de nous pencher sur la manière dont elle est présente dans la représentation, notamment dans les discours politiques, les rapports économiques, et aussi la manière dont elle est instrumentalisée dans les représentations. Un cycle est en fait une enquête. Depuis plusieurs années, il y a un affect en Europe. C’est un affect de crise. Il y a une crise économique et idéologique dont les attentats de 2001 sont le point de déclenchement. Aujourd’hui, on arrive à un point d’acmé avec la question de la crise migratoire, la montée du populisme et des partis d’extrême droite.

 

Pourquoi avez-vous entamé votre réflexion avec Othello de Shakespeare ?

Il y a dans le texte de Shakespeare une articulation entre les questions économique et politique. A Venise au XVIIe siècle, on assiste à la naissance de la société du crédit. Shakespeare fait alors un parallèle entre le crédit bancaire et le crédit ou la confiance accordée à une personne. Il pose aussi la question de la concurrence en économie et la rivalité entre personnes. La jalousie est un terme utilisé pour évoquer des rapports privés et relève également d’un rapport de concurrence mis en œuvre dans une société.

 

Pourquoi était-ce important de travailler à partir d’une nouvelle traduction d’Othello ?

C’était très important. Avant la pièce finale, écrite par Olivier Saccomano, nous travaillons sur ce que nous appelons les pièces d’étude, des textes existants. Nous étudions le texte littéral pour comprendre les mécanismes d’écriture. Retraduire Othello nous a permis de faire des premiers choix. Nous avons traduit le Maure par l’Arabe. Cela nous semblait intéressant que cette figure soit identifiable. Une autre décision que nous avons prise : nous commençons la pièce sous des augures au Sénat.

 

Comment s’est imposé le dispositif scénique circulaire ?

Le premier mouvement, c’est le travail sur le texte original, la réécriture, l’adaptation. Nous avons identifié la structure de la pièce comme celle d’un triangle. Pour qu’il y ait trahison, il faut toujours un tiers. Nous avons travaillé sur le triangle Othello, Desdémone, Iago. L’idée du cercle est venue très vite parce que ces personnages sont pris au piège dans un espace clos. Ils sont prisonniers. Le Sénat est une assemblée circulaire. Venise reste un monde clos. Tout comme Chypre. C’est une décision dramaturgique.

 

Est-ce plus compliqué de mettre en scène dans un tel espace scénique ?

Oui parce qu’il n’y a pas de ligne de fuite. Dans le travail de mise en scène, c’est très intéressant. Pour les acteurs, c’est passionnant. Ils sont pris dans une situation théâtrale et ne peuvent rester fixes. Ce dispositif implique un mouvement permanent.

 

Toute représentation est suivie d’une discussion avec le public.

Dès le départ, nous avons créé cette pièce pour l’itinérance dans la grande région du nord de la France. Nous avons joué dans des endroits différents sur un territoire rural. Nous ne pouvions pas aller à la rencontre du public sans partager avec lui nos interrogations.

 

Les dates

  • Samedi 23 avril à 17 heures dans le parc du château à Gisors
  • Dimanche 24 avril à 17 heures au gymnase Profit à Yvetot
  • Lundi 25 avril à 20 heures à la salle des Hallettes à Duclair
  • Mercredi 27 avril à 20h30 à la Rotonde à Fauville-en-Caux

 

Tarifs : de 15 à 9 €. Réservation au 02 32 10 87 07 ou sur http://terresdeparoles.com/fr