Antigone photo Elian Bachini

Antigone
photo Elian Bachini

Avec l’Agence de voyages imaginaires, les textes classiques deviennent des spectacles féeriques. Le burlesque et la fantaisie se mêlent au merveilleux et à la magie. La compagnie de Philippe Car réalise des adaptations singulières et inventives. Elle joue Sur Le Sentier d’Antigone : d’après Sophocle vendredi 10 avril au Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray, El Cid ! mardi 21 avril au Cirque-théâtre à Elbeuf. Entretien avec Philippe Car.

 

Avez-vous eu la même approche lorsque vous avez travaillé sur Antigone et Le Cid ?

Nous avons eu en effet un peu le même genre d’approche dans le sens où nous partons toujours du texte, le noyau de l’atome. Nous nous laissons ensuite porter par les circonstances de la création. Les histoires nous emmènent toujours quelque part. Pour Antigone, nous étions au Burkina Faso. Nous étions dans la brousse où personne ne connaissait Antigone, les Grecs ou l’existence du théâtre. Lors des premiers échanges avec les habitants, nous racontions l’histoire sans texte. Le spectacle s’est ainsi construit à partir de ces improvisations. Pour Le Cid, c’est autre chose. Nous sommes allés à Marseille, puis en Espagne et au Maroc. Là-bas, nous avons déployé un chapiteau et les gens venaient voir les répétitions. Nous avons eu comme cela des échanges pendant trois mois.

 

Comment appréhendez-vous les textes ?

J’ai toujours une manière de faire. Je prépare le terrain en fonction du nombre de comédiens qui jouent et du lieu où nous sommes. C’est un travail d’adaptation assez large et libre. Les comédiens improvisent et l’écriture se peaufine. La mise en scène découle de tout cela. Pour El Cid !, le cercle s’est imposé dans la scénographie. L’histoire se déroule ainsi dans un contexte forain.

 

Est-ce que votre travail consiste à aller au delà des mots des auteurs ?

Pour moi, oui. Le Cid a été écrit il y a 300 ans mais le thème est toujours extrêmement contemporain. Corneille se demande jusqu’où nous sommes prêts à aller pour être au plus près des valeurs que l’on défend. Là, il faut sortir de l’image d’Epinal du Cid. Il faut aller se souvenir de quoi ça parle et voir un nouveau Cid. J’aime bien me retrouver dans la position du conteur. Cela peut se faire si le texte est réécrit pour un public d’aujourd’hui. Nous voulons être à la portée d’un public familial, venu partager un moment de joie. Antigone est une tragédie puisque les héros meurent à la fin. En prenant une certaine distance, nous faisons de cette histoire un conte un peu fantastique avec des personnages qui apparaissent et disparaissent. Comme si on se retrouvait dans le cauchemar du roi Créon. Notre objectif est de faire passer les émotions d’une œuvre. Dans notre travail, il n’y a pas de parodie. Nous respectons le texte. Le respecter, c’est le réécrire et l’adapter. Au delà des mots qui sont magnifiques, le message du texte reste primordial. Nous suivons le dessein de l’auteur.

 

 

 

Qu’est-ce qui est plus important : les mots ou le message ?

Les deux, vraiment. Antigone est un mythe qui a été écrit et réécrit, notamment par Anouilh et Cocteau. Il y a une langue et une écriture très inspirées de Sophocle. Quant au Cid, Corneille écrit en alexandrin. C’est une langue à part entière qu’il faut rendre compréhensible.

 

Sur quel texte travaillez-vous aujourd’hui ?

J’ai entamé un travail sur Le Conte d’hiver de Shakespeare, une pièce que nous avons présentée il y a une dizaine d’années. C’est la première fois que nous revenons sur une pièce. Nous la reprenons avec de nouveaux comédiens. Ce sera une vraie recréation.

  • Vendredi 10 avril à 20h30 au Rive gauche à Saint-Etienne-du-Rouvray. Tarifs : de 20 à 10 €. Réservation au 02 32 91 94 94 ou à inforesarivegauche@ser.com
  • Mardi 21 avril à 20h30 au Cirque-théâtre à Elbeuf. Réservation au 02 32 96 99 22.