Oussama ce héros est le deuxième volet de la trilogie entamée par La Cohue avec Visage de feu de Marius Von Mayenburg. Avec cette pièce de Dennis Kelly, le collectif signe un spectacle coup de poing. Oussama, ce héros est présenté vendredi 25 et samedi 26 novembre au CDN de Normandie Rouen et les 1er et 2 décembre au théâtre des Bains-Douches au Havre.

 

photo Virginie Meigné

photo Virginie Meigné

« Question de point de vue, tout est une question de point de vue ; tuer 2 000 personnes n’est pas forcément mal, ça dépend juste de quelles 2 000 personnes il s’agit. J’ai dit ça pendant le cours de maths, j’ai été ollé, j’ai dit ça dans un cours sur les médias et j’ai eu très bien même que le prof a cru que c’était une citation d’Orson Welles. J’ai dit ça pendant le cours de gym et on m’a demandé de sortir du gymnase, J’ai cru que le professeur allait pleurer. Je ne l’ai jamais redit ». Gary a 15 ans. Dans Oussama, ce héros, de Dennis Kelly, il grandit dans une cité de banlieue anglaise. Il n’a pas de guide, pas de repères. Il est rempli d’interrogations sur une société dans laquelle il a du mal à trouver sa place. Le voilà un peu en marge et il n’hésite pas à lancer quelques phrases provocatrices, quelques idées réductrices. Quand un prof demande d’écrire un exposé sur un héros contemporain, Gary choisit Ben Laden.

 

Mauvais choix ! Surtout dans cette Angleterre de l’après 11 septembre 2001 où pauvreté, insécurité, fanatisme, isolement ne peuvent constituer qu’un cocktail explosif. Dans la cité, alors que se poursuit la vague d’incendies criminels, le coupable est vite trouvé pour les habitants. C’est Gary. Pas de doute pour Francis et Louise, deux frère et sœur complètement paumés. Lui, sans emploi, épie à sa fenêtre les pervers et les éventuels terroristes. Elle, subit la violence et la paranoïa de son frère. Il y a aussi Mark, 46 ans, et Mandy, 16 ans, un couple perdu dans cette histoire sans amour et sans lendemain.

 

Avec cette nouvelle création, présentée jusqu’au 26 novembre au théâtre des Deux-Rives à Rouen, puis les 1er et 2 décembre au théâtre des Bains-Douches au Havre, La Cohue signe un spectacle coup de poing. C’est troublant et percutant. Le quintet évolue sur un plateau nu, tel un no man’s land. Martin Legros, metteur en scène, révèle le parcours intérieur des cinq personnages, les blessures profondes, surtout la frustration, la lâcheté et l’animalité.

 

Dans cette pièce avec trois histoires parallèles, Martin Legros crée trois théâtralités, utilise les codes du cinéma et place le spectateur dans des positions différentes. Le théâtre de La Cohue est âpre, physique, interroge le fait qu’une idéologie puisse prendre le pas sur l’intelligence. « Est-ce que la fin justifie les moyens ? »