C’est une œuvre tragique avec des personnages grotesques et une femme libre. Lulu de Wedekind raconte l’histoire de l’ascension d’une fille des rues et aussi de sa chute, tout aussi vertigineuse. Le metteur en scène Paul Desveaux embarque dans cette aventure fiévreuse. A voir mardi 21 et mercredi 22 novembre au Volcan au Havre.

Tout commence tel un spectacle de cirque plein de couleurs et de lumières. M. Loyal emmène dans son tourbillon frénétique les personnages de l’histoire et un tigre en peluche. Dans l’arène, quelques caisses en bois comme éléments de décor. Au dessus, trois musiciens qui créent un univers musical gainsbourien. Le public est prévenu : « le spectacle n’est pas nouveau mais on y revient ». Pas nouveau parce qu’il s’agit d’une jeune femme devenue un objet de luxe, celui de tous les fantasmes masculins dans une société bourgeoise. Difficile en cette période de ne pas faire le lien avec l’affaire Weinstein et toutes les nombreuses autres dont les femmes trouvent enfin la force de parler.

Au centre de cette piste de cirque se joue un jeu sans règles. « Qui sera le vainqueur à la fin ? » demande M. Loyal. Lulu est une pièce de Frank Wedekind d’une incroyable modernité relatant le destin d’une fille des rues recueillie par Schön, un patron de presse. Après en avoir fait sa maîtresse, il la place dans les bras de Goll, un riche docteur, qui meurt brutalement, puis dans ceux de Schwarz, un photographe qui va se suicider. Lulu veut revenir auprès de Schön qui la rejette. Elle le tuera et s’enfuira. Un jour, elle croise un homme qui menace de la dénoncer. Lulu termine dans une chambre de bonne sordide et se prostitue pour vivre jusqu’elle se fasse assassiner par Jack l’éventreur.

Un numéro d’équilibre

Lulu est une femme fatale qui a conscience de la valeur de son corps. Elle en joue pour garder un semblant de liberté. Elle livre son corps mais son cœur lui appartient entièrement. Lulu est seulement un objet de désir pour ces hommes qui veulent la posséder et cherchent à montrer une puissance et leur manière d’être en vie. Des hommes qui marquent diverses périodes de la vie de Lulu. Ils disparaissent les uns après les autres quand les liens s’effacent. Tous sont des monstres. Même Lulu qui ne montre aucun sentiment. Anne Cressent est une magnifique Lulu qui se fait aguicheuse, sexy, insolente, drôle, pleine de fantaisie. Elle a une énergie brute. Elle happe d’emblée. On ne peut que la suivre dans cette ascension et aussi dans cette dégringolade effrénée.

La mise en scène de Paul Desveaux révèle toute la complexité de Lulu dont on ne sait si on doit l’aimer ou détester. Elle peint également une humanité, la soif de vivre de ces personnages, enfermés dans leur solitude, la tristesse de la condition humaine. La séquence du bal est remarquable et bouleversante parce qu’elle annonce un basculement de l’histoire.

Lulu est un beau grand numéro d’équilibre, entre des propos légers et une histoire tragique, entre la brutalité des sentiments et la fragilité des personnages, entre une tragédie et un vaudeville. A ne pas manquer !

  • Mardi 21 novembre à 20h30 et mercredi 22 novembre à 19h30 au Volcan au Havre. Tarifs : 23 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com