Pour Rouen impressionnée qui se déroule jusqu’au 15 septembre, Antonio Gallego a réalisé des Paillassons qui se trouve dans l’hôtel de ville, sur le pont Boieldieu. Des œuvres qui contiennent des messages à la fois poétiques et politiques.

 

Gallego-tapis-egotopiaIntroduire l’art en des endroits qui ne sont pas conçus pour cela : tel a toujours été l’objectif d’Antonio Gallego. Partant de ce principe, il est nécessaire d’apporter une autre définition de l’œuvre. « Doit-elle être statique et intemporelle ? Non, elle doit être quelque chose qui apparaît et disparaît. La rencontre avec l’œuvre d’art doit ainsi se faire dans l’espace public ».

Etudiant, Antonio Gallego prenait un réel plaisir à peindre en direct pendant les concerts. Il créait également dans son atelier avant de coller ses œuvres dans la rue. « Elles n’étaient pas protégées, donc données aux intempéries et au vandalisme ». Une manière de désacraliser l’art. Dans les années quatre-vingt, Antonio Gallego a été un des premiers artistes à intervenir dans l’espace public avec le collectif Banlieue Banlieue qui participe à de nombreuses manifestations sur fond de musique rock. En 1985, il réalise une série de fresques pour le film de Marc Ferreri, I Love You.

Pour Antonio Gallego, il y a ce désir d’être dans l’espace urbain et de « réfléchir à la manière d’interpeler sans agresser » mais pour en rapport direct avec le public et pour susciter un regard, un déplacement. Antonio Gallego a appris à explorer du regard. « Ma grand-mère qui habitait Rouen, jouait de l’harmonium. Elle m’emmenait avec elle à l’église. Le temps de la messe, je regardais les vitraux. Je n’ai jamais visité les musées avec mes grands-parents mais j’ai eu cette éducation du promeneur ».

Il faut donc être un promeneur pour découvrir les œuvres d’Antonio Gallego qui a déjà exposé à l’aître Saint-Maclou et effectué une résidence dans les Hauts de Rouen. Pour Rouen impressionnée, il a dessiné des Paillassons. « C’est la première fois que je travaille sur ce support. C’est très agréable de sortir de ses obsessions. On est un peu autiste quand on est artiste ». Il y a des cartographies utopiques avec des villes et des fleuves imaginaires, évoquant l’individualisme d’aujourd’hui avec le mont Triomphe, le gouffre du Nombril, les ruines du Faste, la montagne de l’Apparat… Dans son travail, l’artiste évoque aussi la thématique de l’eau à travers des Paillassons représentant des fleuves asséchés pour rappeler l’importance de l’eau, sa rareté. Au fil des semaines, ces Paillassons seront souillés. « Il faut qu’ils s’usent. Nous faisons partie d’une génération qui détruit ». Ces œuvres sont aussi le symbole de la menace de la pollution.

 

  • Jusqu’au 15 septembre sur le pont Boieldieu, à l’hôtel de ville et dans les rues Delacroix et Ganterie à Rouen.