À Rouen, la culture s’impose aussi dans les débats de cette campagne pour les élections municipales à Rouen grâce à la volonté de trois acteurs et actrice culturels, Philippe Chamaux, directeur adjoint du CDN de Normandie Rouen et délégué régional du Syndeac, Loïc Lachenal, directeur de l’Opéra de Rouen Normandie et président des Forces musicales, et Marie Valentin-Dubuisson, directrice du théâtre Charles-Dullin à Grand-Quevilly et du centre Voltaire à Déville-lès-Rouen et déléguée régionale adjointe du syndicat national des scènes publiques. Ils ont réuni les candidats à la Ville de Rouen, Lionel Descamps, Rouen notre commune, Robert Picard, représentant Jean-Louis Louvel, Rouen autrement, Jérémy Bernier, représentant Marc Fouillou, Rouen en lutte, Marine Caron, Ensemble pour Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, Fier.e.s de Rouen, Jean-Michel Bérégovoy, Réenchantons Rouen, Amandine Gliskman,  Au Cœur de Rouen, porté par Jean-François Bures, et Frédéric Podguszer, Lutte ouvrière. Le Rassemblement national et le parti animaliste ont décliné l’invitation. Un débat, animé par Thierry Rabiller, rédacteur en chef de Paris Normandie et votre serviteuse, qui s’est déroulé lundi 9 mars au Théâtre des Arts à Rouen.

La culture est vue sous différents angles par les candidats et candidate à la mairie de Rouen. Elle est « un bien commun à partager par le plus grand nombre » pour Lionel Descamps, un « outil d’attractivité » pour Robert Picard et Amandine Gliskman, « contemporaine » pour Marine Caron, « généreuse et engagée pour soutenir l’émergence, la parité, la diversité, les droits culturels » pour Nicolas Mayer-Rossignol, « au cœur de la cité pour reconnecter les hommes et les femmes et leur territoire » selon Jean-Michel Bérégovoy. 

Jérémy Bernier souhaite sortir d’une « culture des habitudes » et de « l’entre-soi ». Il estime que Rouen « regarde la culture avec les yeux dans le rétroviseur », la perçoit comme « un peu vieillotte et ringarde » et attend « une politique dynamique » pour « faire connaître tous les artistes et les mettre en contact avec la population ». Frédéric Podguszer dénonce « des droits fondamentaux bafoués », défend « culture et éducation » et « une accessibilité à la grande minorité ».

De nouveaux lieux

Premier lieu : le chai à vin qui deviendra une salle de concerts et de répétitions. Une proposition de Lionel Descamps : « il existe Le 106 qui accueille surtout des artistes nationaux. Il y a besoin d’un lieu pour les groupes locaux, pour le reggae, le hip-hop et autres genres ». Quant à Amandine Gliskman, elle regrette le manque d’endroits pour « les artistes du territoire rouennais qui n’ont pas de scène ».

Un autre lieu — celui-ci n’est pas construit — c’est le DATA ou domaine d’activités trans-artistiques, un projet lancé il y a six ans par Stéphane Maunier, directeur du Kalif, et Manuel Chesneau. Pour Jean-Michel Bérégovoy, Le DATA « doit absolument voir le jour. Il faut mettre vite une sommes sur la table ». Robert Picard le voit davantage dans le quartier Flaubert pour « venir animer » cette entrée de la ville et « le mettre en réseau avec d’autres dynamiques comme l’innovation, les entreprises et les étudiants. Ce sera un geste d’urbanisme ».  Une mauvaise idée pour Nicolas Mayer-Rossignol qui défend son implantation au bout de l’île Lacroix. « Ce n’est pas un lieu supplétif. Le DATA est un projet emblématique, porté par des acteurs qui ont réfléchi à un lieu. J’ai envie d’un geste architectural ». Marine Caron voit davantage l’île Lacroix comme « un lieu de loisirs de culture et de sport. Il faut avoir une vision plus large ».

De son côté, Robert Picard avance l’idée d’un « centre d’interprétation du patrimoine à Rouen », d’un « espace d’exposition d’art contemporain » avec la volonté d’associer le Frac et l’ESADHaR (école supérieure d’art et de design Le Havre-Rouen). Il est aussi question d’un centre d’art contemporain dans le programme de Nicolas Mayer-Rossignol .

Des festivals et des fêtes

Dans les programmes culturels, il y a aussi des festivals. Marine Caron envisage « Une fête de la Seine plurielle. Dans la ville, il y a une opposition entre la rive droite et la rive gauche. Il fait se réappropriai les bords de la Seine. Une semaine nautique mélange des activités artistiques contemporaines et sportives; une conférence sur le monde industrialo-portuaire ». Nicolas Mayer-Rossignol y voit « Une fête du fleuve avec un banquet sur le pont Boieldieu, des concerts gratuits. Ce ne sera pas un festival mais un moment de partage avec une mise en valeur de nos artistes ». Un « festival des artistes locaux » est au programme de Jean-Michel Bénérgovoy qui voit là « une fête pour les habitants, avec les habitants et les artistes locaux ». Dans la liste des festivals, il y a celui des arts urbains imaginé par Lionel Descamps pour « réunir les habitants du centre ville et des quartiers » et mêler le graf au rap et au skate.

Changement de décor avec Amandine Gliskman qui défend de nouvelles Fêtes Jeanne d’Arc. « Rouen n’est pas vu comme une grande métropole patrimoniale et architecturale. Il est essentiel de confronter le patrimoine ancien et le patrimoine actuel ».

Rouen, capitale de la culture

Tous sont presque d’accord pour faire de Rouen une capitale de la culture en 2028. Si Lionel Descamps veut « réorienter le projet », Jérémy Bernier dit tout simplement « stop » et Frédéric Podguszer craint « un problème d’accessibilité à tous ». Pour Robert Picard, ce projet « est à notre portée et nécessite un travail soutenu, une concertation et une synergie avec les autres grandes villes normandes. La route va être encore longue ». « Il faudra le porter à bout de bras », remarque Amandine Gliskman. Marine Caron ne veut « un projet à n’importe quelle condition, et un entre soi. Il doit aller plus loin ». Nicolas Mayer-Rossignol le considère comme « une grande ambition, un très beau projet qui doit être porté par tous les acteurs culturels. La ville de Rouen seule ne pourra pas ». Et selon Jean-Michel Bérégovoy, « on ne réussira pas non plus sans les habitants ».