Avec le chorégraphe Alain Platel, fondateur des Ballets C de la B, et le compositeur Fabrizio Cassol, le Requiem de Mozart devient un Requiem pour L., une pièce pour 14 musiciens, chanteurs et danseurs sud-africains et congolais. Face aux images de L et au milieu de blocs de granit, tel un jardin de stèles, tous invitent à une cérémonie sobre, à une méditation sur la mort et un hommage à la vie. Requiem pour L. est donné vendredi 4 et samedi 5 octobre au Volcan au Havre et jeudi 10 octobre au Tangram à Évreux. Entretien avec Fabrizio Cassol qui mêle à la partition de Mozart à des rythmes afro-jazz.

Vous travaillez avec Alain Platel depuis plus de dix ans. Comment avez-vous procédé pour Requiem pour L. ?

Cela commence à faire une longue histoire. Il y a un mystère qui nous pousse à créer des spectacles ensemble. Pour Requiem pour L., nous avons eu une démarche similaire à Coup fatal. J’ai d’abord travaillé sur la musique, comme un puzzle, avec les interprètes. De son côté, Alain grandissait dans ses idées. Nous sommes dans un travail d’apprentissage très basique, dans une confiance mutuelle. Alain a créé la scénographie, inspirée du mémorial dédié à l’holocauste de Berlin, avec de gros blocs. C’est toute une chorégraphie en soi. Puis, il y a eu les images de Lucie qui se sont imposées à la fin du processus de création.

Qui est Lucie ?

Lucie est une femme qui s’est battue pour les droits sociaux, pour le droit des femmes. Être là sur les images est une façon pour elle de continuer ce combat. Elle a une partie de sa vie au Congo où elle a adopté une fille. Lorsqu’elle est venue voir Coup fatal, il s’est produit une chose. Alain a eu l’impression de la connaître d’un certain passé. La famille a posé cette caméra et a filmé la fin de sa vie. Elle est partie en mai 2017 et nous avons reçu ces images trois mois plus tard. La création était prévue pour janvier 2018. Nous avons beaucoup discuté de ces images.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous les avez découvertes ?

Il y a eu énormément d’émotion. C’est inexplicable. Nous les avons regardées ensemble, Alain et moi étions dans un état de choc. Mais elles étaient belles. Lucie est partie avec noblesse. Nous avons ensuite montré les images aux musiciens. Nous ne pouvions pas les utiliser dans le spectacle sans leur accord. Alain est toujours précis dans ses propositions. il propose mais il n’impose pas. Il y a eu beaucoup d’échanges et tous ont accepté.

Est-ce vertigineux de s’emparer du Requiem de Mozart ?

Quand nous avons tourné avec Coup fatal, Alain parlait beaucoup de la mort. Comme elle est là, n’est-ce pas le moment de la prendre de face ? Nous avons monté Coup fatal avec des artistes congolais. Il y avait une volonté de prolonger l’aventure avec eux et avec les musiciens sud-africains dans Macbeth de Verdi. Est alors arrivé le Requiem de Mozart, une œuvre inachevée qui est toujours retravaillée. Des proches de l’univers de Mozart essaient de restituer des choses. On peut lire différentes écritures. Nous intégrons là-dedans la famille de musiciens que nous sommes. Le travail a commencé de cette manière. J’ai eu très peur jusqu’à la dernière minute.

De quoi aviez-vous eu peur ?

Il y avait une première question. Peut-on toucher à cette œuvre ? Pour moi, c’est oui. Mais il faut une bonne dose d’inconscience pour foncer là-dedans. Le Requiem est une messe. Par ailleurs, quand on crée avec des musiciens issus de l’oralité, le travail est différent. On ne donne pas à apprendre. Il n’y a pas de partition à ajuster au fil des répétitions. Alors, il faut viser juste dès le début. Tout doit être clair. Tout doit être bien ressenti afin qu’ils jouent la musique tout en étant créatifs. Chacun doit trouver un espace d’expression. Ce sont ainsi des couches qui se superposent les unes sur les autres dans une forme d’abstraction. Jusqu’à la dernière minute, cela a été un challenge pour tout le monde.

Quelle est la particularité de la partition de ce Requiem ?

Le Requiem est une musique pour laquelle il ne peut y avoir une expression individuelle. Certes il y a des solistes mais chacun doit être lui-même pour représenter une collectivité d’individus. Le Requiem, c’est une forme homogène émotionnellement. Il y a une forme de dramaturgie. On va vers la mort et on ne revient pas en arrière.

Pourtant, vous avez voulu insuffler beaucoup de vie dans la musique.

Cela vient du fait de ce travail avec des artistes africains. Je vais en Afrique depuis longtemps. Là-bas, on fait de la musique tout le temps. A Kinshasa, j’ai vu des cérémonies de deuil étonnantes avec des moments de tristesse et de joie. Ça balance entre les deux.

Au Volcan au Havre

  • Vendredi 4 et samedi 5 octobre à 20h30 au Volcan au Havre. Tarifs : de 33 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com
  • Samedi 5 octobre à 17 heures : visite tactile et atelier sensoriel à destination des personnes aveugles et malvoyantes
  • Samedi 5 octobre à 20h30 : représentation en audiodescription. Tarif : 5 € pour le bénéficiaire et l’accompagnateur
  • Samedi 5 octobre à 18 heures : rencontre avec Alain Platel, chorégraphe, et Fabrizio Cassol, compositeur, au Fitz dans le Volcan. Entrée libre

Au Tangram à Evreux

  • Jeudi 10 octobre à 20 heures au Cadran à Évreux.
  • Tarifs : de 20 à 8 €. Pour les étudiants :  carte Culture.
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com