Un spectacle et un scandale

par | 29 mai 2013 | Concert

WG5I0658 sacre printemps Photo Steve APPEL libre de droit copieLe 29 mai 1913, le tout Paris se retrouve dans un théâtre des Champs-Elysées flambant neuf qui est l’œuvre d’Auguste Perret. Ce soir-là, Igor Stravinsky crée Le Sacre du printemps, chorégraphié par Vaslav Nijinski. C’est un véritable scandale. Dans la salle, le public crie et va jusqu’à échanger quelques coups de poing. Aujourd’hui, la pièce de Stravinsky n’écorche plus une oreille. Elle est même couverte de louanges et nombre de chorégraphes se sont penchés sur cette partition évoquant le réveil des forces de la nature. Comme Georges Momboye qui présentera sa création les 31 mai et 1er juin au Théâtre des Arts à Rouen. Retour sur le scandale du Sacre avec le musicologue, Pierre-Albert Castanet.

Pourquoi l’œuvre de Stravinky a-t-elle pu faire scandale ?

C’est tout d’abord une œuvre révolutionnaire, notamment au niveau de la structure musicale. Jusqu’à présent, aucun compositeur n’avait écrit de cette manière. Le Sacre est une œuvre monumentale et puissante avec un agencement rythmique de tout un orchestre et une connotation tellurique de la force orchestrale.  Stravinsky trouve un langage inédit. On n’a jamais entendu ça dans l’histoire de la musique. Ensuite, on a pu parler de modernité. On espérait la composition d’un post-Sacre de la part de Stravinsky mais il n’a pas voulu écrire dans la même veine. Il est parti vers d’autres horizons sériels ou liés à la musique savante.

Et l’œuvre de Nijinski ?

Au niveau de la chorégraphie, c’était aussi révolutionnaire. Nijinski écrit un ballet. En fait, le scandale s’est déclenché non pas à cause de la musique mais surtout à cause de la chorégraphie. Nijinski faisait prendre à ses danseurs des positions un peu obscures. Il leur demandait des positions de pied rentrant. Ce qui ne se faisait pas du tout.

Le scandale fut-il un vrai scandale ?

Oui, ce fut un réel scandale. Des fauteuils ont été arrachés. Des gens s’envoyaient des objets à la tête. Nijinski qui était tout près du disjoncteur dans les coulisses plongeait la salle dans le noir régulièrement pour apaiser le public. Le Sacre du printemps a été ensuite redonné et n’a pas connu un tel scandale.

Où Stravinsky a-t-il trouvé son inspiration pour Le Sacre ?

Quand il écrit cette pièce, Stravinsky est relativement jeune. Il est encore très imprégné de sa patrie natale, la Russie, de sa culture, de son éducation. Il a encore en tête tout ce que Rimsky-Korsakov lui a enseigné.

En quoi cette œuvre est monumentale ?

L’orchestre qui joue Le Sacre est en extension par rapport à un orchestre symphonique classique où les cordes sont très nombreuses. Là, il y a une abondance d’instruments à vent. Les bois et les cuivres sont en surnuméraire.

Sait-on comment Stravinsky a réagi après le scandale ?

« Il était complètement meurtri. Il raconte cela dans ses mémoires : il est allé pleurer dans un parc. En revanche, Nijinski était plutôt content de ce chamboulement ».

Est-ce que les compositeurs contemporains de Stravinsky ont apprécié Le Sacre ?

La musique a plu aux modernistes et beaucoup moins aux académiques. Saint-Saëns n’a pas apprécié alors que Debussy a aimé la nouveauté de la partition.

Qui a été influencé par Le Sacre ?

Il a pu influencer les contemporains, comme Debussy et Ravel. Ils ont analysé la vague qui venait d’arriver. Mais il n’y a pas eu de super Sacre. Prokofiev aurait pu prendre la suite de cette musique moderne. Il l’a fait dans la Suite Scythe.

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