La présentation d’une nouvelle programmation est un moment de promesses. Frédéric Roels, directeur de l’Opéra de Rouen/Haute-Normandie en a fait de belles.

 

photo David Morganti

photo David Morganti

Lors de cette saison qui s’achève, les femmes se sont montrées « rebelles » à l’Opéra de Rouen/Haute-Normandie. Dans différentes créations, les personnages féminins, dont Carmen et Lolo Ferrari, tenaient un discours nouveau, effectuaient des gestes politiques forts. Pour 2013-2014, Frédéric Roels a opté pour un thème universel, Errances, existences. L’homme est en effet un être nomade en quête de sens. La vie qui est une succession d’imprévus s’avère un voyage autant enrichissant qu’angoissant. Néanmoins, cette errance est porteuse d’émotions, comme l’art. Cela promet donc de beaux rendez-vous musicaux.

« Cela a été intuitif. Ce thème s’est imposé au regard des œuvres dont j’avais envie de programmer. Ce sujet a traversé l’histoire et les genres artistiques, que ce soit la littérature, la peinture, la musique, plus tard, l’opéra, et, aujourd’hui, la danse », commente le directeur de l’Opéra. Il est également en pleine actualité. « Nous sommes aujourd’hui à la recherche de sens. Nous arrivons au bout d’un modèle socio-économique. Ce qui engendre des questionnements et des inquiétudes. La saison est le miroir de tout cela », explique Frédéric Roels.

Les artistes programmés pendant cette nouvelle saison portent un regard multiple sur cette interrogation qui prend ainsi des formes artistiques variées. « Ils peuvent l’aborder de manière purement métaphysique, comme Berlioz dans La Damnation de Faust, mélancolique, poétique, comique, voire burlesque dans Mahlermania ».

Frédéric Roels a aussi décliné le thème Errances, existences dans divers focus :

  • Le Commerce du diable qui permet de revenir sur le personnage de Faust. La saison lyrique commence ainsi avec La Damnation de Faust de Berlioz (du 4 au 8 octobre). Ce mythe a aussi inspiré Liszt, Lili Boulanger réunis dans un même concert le 11 octobre. Stravinsky écrit L’Histoire du soldat, un homme si naïf qu’il abandonne son violon au diable contre un livre magique (du 4 au 7 décembre). Arnaud Marzorati préfère La Salsa du diable où il mêle les chansons de Gounod, Offenbach, Béranger, Ferré, Trénet (le 30 septembre)
  • Dans la jungle des villes, « génératrices d’errances par leur taille et leur rythme », rassemble des spectacles qui évoquent la perte des repères comme, en danse, Synchronicity de Carolyn Carlson (12 novembre), Rayahzone  d’Ali et Hèdi Thabet (11 février), Clear Tears/Troubled Waters de la compagnie Thor (18 février), en musique, le Quatuor de Weill, à l’opéra, Bells are Ringing de Styne, le ciné-concert Metropolis (13 février).
  • A la dérive qui est un plongeon dans Le Vaisseau fantôme de Wagner, opéra participatif (du 31 janvier au 2 février), dans Waves, une partition de Thierry Pécou (le 6 mai) et dans Dido and Aeneas de Purcell par Le Poème harmonique (du 9 au 13 mai).

Pour cette nouvelle saison, Frédéric Roels qui sait bousculer nos habitudes, réveiller nos yeux et nos oreilles a réussi un équilibre entre les pièces classiques et contemporaines. Il manque certes un grand standard du répertoire lyrique. Il a choisi Don Pasquale de Donizetti, «  son œuvre la plus aboutie, la plus forte » (du 14 au 20 mars), La Finta Giardiniera de Mozart (du 4 au 12 juin) et revisite l’œuvre de Bizet avec un Carmen intime (du 13 au 17 novembre et du 4 au 8 décembre). Néanmoins, le directeur de l’Opéra accueillera de grands noms comme Natalie Dessay, Jordi savall, Alexandre Tharaud, Sasha Waltz, Laurent Korcia, Mourad Merzouki, Emmanuelle Vo-Dinh, le quatuor Ysaÿe qui met fin à son aventure musicale après trente années d’existence.