Une saison paritaire et internationale au Tangram

par | 16 juillet 2020 | Vie culturelle

Il y a de belles promesses artistiques dans la prochaine saison du Tangram qui affiche une nouvelle identité visuelle. Sa directrice, Valérie Baran, a veillé avec Julien Bourguignon, directeur délégué, à une programmation paritaire, donné une plus large place aux artistes internationaux, notamment africains, gardé une pluridisciplinarité tout en s’ouvrant davantage au cinéma, fait la part belle aux écritures contemporaines sans oublier les plus classiques. Une nouveauté : les AnthropoScènes, pour mener une réflexion sur le futur. Cette saison 2020-2021 au Tangram compte 70 spectacles avec 155 représentations au théâtre Legendre, au Cadran et au Kubb à Évreux, à la Scène 5 à Louviers et hors les murs. Ce sera aussi 20 propositions de théâtre, 15 de danse et 10 de musique.

Et les femmes, bien sûr

Outre les chiffres, le Tangram se veut avant tout « le reflet de la création contemporaine ». Là, les artistes femmes prendront la parole pour titiller les discours dominants. L’ouverture de la saison se déroulera les 19 et 20 septembre lors des journées du Matrimoine avec Sœurs de Marine Bachelot, un récit sur la construction d’une identité et Avant que j’oublie d’Anne Pauly qui parcourt son histoire familiale. Au programme également : des portraits de femmes, comme celui de Zelda Fitzgerald dans Alabama Song, ceux de Comoriennes portés par Déborah Lukumuena, César de la meilleure actrice dans un second rôle dans Divines. Retour sur Antigone dans Andy’s Gone de Marie-Claude Verdier pour une critique sur les modes de consommation. 

Pas de programmation sans textes classiques. Dans La Nuit des rois de Shakespeare, Sylvain Levitte met en scène huit comédiennes et une pianiste. Claudia Stravinsky revisite La Vie de Galilée de Brecht avec notamment Philippe Torreton. Quant à Hélène Blackburn, chorégraphe, elle s’empare en toute liberté de la Symphonie n°9 de Beethoven. Le Poème harmonique revient sur son premier enregistrement sur les musiques de la Renaissance italienne. Pauline Bayle gravit une montagne en adaptant Illusions perdues, le roman de Balzac. L’Orchestre régional de Normandie propose une création sur La Belle et la bête avec Alban Richard, directeur du centre chorégraphique national de Caen. Là, le théâtre s’inspire du cinéma. Comme dans Cannes 39-90 d’Étienne Gaudillère et Les Vivants et les morts de Gérard Mordillat et Hugues Tabar-Nouvel.

Un regard depuis l’Afrique

C’est une Afrique contemporaine, « inventive, créatrice » que Le Tangram présente dans cette nouvelle saison avec « une jeunesse qui repense le rapport au continent, au monde ». Héla Fattoumi et Éric Lamoureux partagent Akzak, L’Impatience d’une jeunesse reliée, une pièce chorale, avec des artistes venus du Burkina Faso, du Maroc, de Tunisie et de France. Les interprètes de la compagnie N’Soleh ont appris la danse ensemble dans la rue. Dans Faro Faro, ils partagent leurs influences multiples. Felwine Sarr, Aristide Tarnagda et Simon Winsé  emmènent sur les Traces, Discours aux nations africaines. L’Haal est un ballet gnawa écrit à partir de tradition africaine. De son côté, Olivier Dubois dresse un pont entre la France et l’Égypte dans Itmahrag pour parler de l’après-Moubarak. 

Jusqu’au-delà du réel

Comment comprendre le monde ? Pour y parvenir, plusieurs artistes préfèrent s’en extraire pour avoir un regard plus éclairé. Le réel vient alors se mêler à l’imaginaire. Vanish de Marie Dilasser, mis en scène par Lucie Berelowitsch, raconte l’histoire d’un homme voulant échapper à son destin en prenant la mer. Avec Nicole Genovese, un repas de famille peut devenir vite indigeste dans Hélas. Il est aussi question de famille dans Au Milieu de l’hiver quand Anaïs Allais questionne l’histoire. Marc de Blanchard et Fanny Paris proposent un voyage dans les étoiles avec Allo Cosmos pour atteindre un monde étrange. Tout comme Simon Falguières qui a écrit une quête du bonheur et de l’amour.

Un nouveau rendez-vous

Le Tangram invite à penser le futur avec les AnthropoScènes. « C’est un endroit pour interroger l’avenir. Qu’est-ce qui attend les jeunes ? Dans quel état sera la Terre, la nature, l’homme. Nous sommes à une époque où s’ouvre un champ des possibles à nous et nous souhaitons l’explorer », explique Valérie Baran. La première édition de ce temps fort se déroule du 4 au 18 avril 2021 avec du cinéma — une quarantaine de films —, des rencontres avec des philosophes, des économistes… et des spectacles. L’exploration d’un monde de demain se fait avec Johanny Bert et Une Épopée à suivre en famille pendant toute une journée, avec Cécile Ohrel dans Halloween Together, une série théâtrale en quatre épisodes pour interroger l’existence au-delà de d’une existence biologique.

Dans Désalpe, Antoine Jaccoud et le quatuor Dacor portent un regard sur une Suisse qui a perdu sa poule aux œufs d’or, la neige. Un lendemain semble encore possible avec le collectif flamand Ontroerend Goed dans Are we not drawn onward to new erA (Ne sommes-nous pas attirés par une nouvelle ère), un titre en forme de palindrome, comme le sera la pièce de théâtre. Un « vaudeville bobo bio » avec Marielle Pinsard qui a « préparé un petit bio truc au four ». Quant à Bruno Latour, sociologue et philosophe, vient titiller avec Moving Earths les plus illuminés. Enfin, des monstres et autres créatures magiques débarqueront dans Science Fictions de Selma Alaoui.

À lire également

elit. in tristique libero Sed Nullam sed mattis